2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

samedi 8 février 2025

Dehors les journalistes, bienvenue aux influenceurs espagnols : la stratégie du Makhzen pour blanchir l’occupation de Dakhla

Pillage, surveillance extrême et blocage de l’information... Telle est la réalité de Dakhla, l’ancienne Villa Cisneros. Le Maroc utilise des influenceurs espagnols pour blanchir son image.

Sara S. Bas et Francisco CarriónEl Independiente, 8/2/2025
Traduit par Tafsut Aït BaâmraneTlaxcala


 « Dakhla, jouez les Robinsons des sables », propose le site ouèbe Visit Morocco. Dakhla, l’ancienne Villa Cisneros espagnole, est un paradis de plages et de dunes vierges et de vagues qui font le bonheur des surfeurs les plus intrépides. Une destination que le régime alaouite veut faire figurer sur la carte, en essayant d’ignorer un immense détail : elle se trouve en effet au Sahara occidental, un territoire occupé « manu militari » par le Maroc depuis un demi-siècle et en attente de décolonisation, selon l’ONU. Un territoire interdit à la presse internationale où de graves violations des droits humains sont commises contre la population sahraouie et où, dans le même temps, les autorités occupantes déroulent le tapis rouge aux influenceurs et aux youtubeurs.

Ces dernières semaines, deux journalistes espagnols ont été expulsés de Dakhla. Ce mercredi, le Maroc a refusé l’entrée dans la ville à Francisco Carrión, reporter d’El Independiente. Il y a une semaine et demie, José Carmona, de Público, a été expulsé. Depuis janvier, en revanche, le régime de Mohamed VI a invité des dizaines d’influenceurs espagnols dans le but de promouvoir Dakhla comme une destination de vacances économique et proche de la péninsule, à seulement trois heures de vol. Selon nos informations, le gouvernement marocain organise des voyages pour promouvoir l’image de cette ville, située au sud du Sahara occidental. Dans le cadre du premier vol direct reliant Madrid à Dakhla, plusieurs influenceurs, se désignant eux-mêmes comme « créateurs de contenu », et des journalistes de voyage ont pu se rendre sur place et visiter la ville pendant plusieurs jours.

Une centaine de personnes - parmi lesquelles des agents de voyage, des journalistes et des influenceurs d’Espagne et du Portugal - ont été invitées à Dakhla par l’Office national marocain du tourisme (ONMT). Le « voyage de familiarisation » - « Fam Trip », comme on l’appelle dans le jargon des agents et des journalistes du tourisme - s’est déroulé du 8 au 11 janvier et avait pour objectif de « promouvoir Dakhla comme destination principale pour les marchés ibériques » en pleine offensive du régime alaouite pour obtenir un soutien international à sa revendication de marocanité de l’ancienne colonie espagnole, un territoire non autonome en attente de décolonisation, selon l’ONU.

Huîtres et dunes : un voyage royal

« Le Fam Trip offre une introduction complète au potentiel touristique de Dakhla, en mettant en avant ses atouts culturels, ses paysages naturels et ses opportunités d’investissement », expliquent les autorités touristiques marocaines. Selon le programme, les participants ont visité les principales attractions touristiques de l’enclave, ont assisté à des « sessions de réseautage » et à des « présentations conçues pour montrer l’attrait croissant de la région pour les visiteurs internationaux ». Rabat ne cache pas que son objectif est de positionner Dakhla comme « une porte d’entrée pour les touristes latino-américains via le centre d’opérations de Madrid ». Ryanair a rejoint trois autres compagnies aériennes proposant des liaisons internationales avec Dakhla : Royal Air Maroc (RAM), Binter Canarias et Transavia. Toutes opèrent sur des routes subventionnées par l’État marocain.

« Visit Morocco nous a contactés par l’intermédiaire de Bushido Talent, une agence d’influenceurs et de marketing digital basée à La Corogne, pour réunir un certain nombre de personnes et faire ce voyage », a expliqué à El Independiente l’une des personnes qui s’est rendue à Dakhla et qui préfère garder l’anonymat. Visit Morocco est la marque sous laquelle opère l’autorité touristique du pays voisin. L’objectif, détaille cette source, est de dissocier Dakhla du conflit découlant de l’occupation par le Maroc du Sahara occidental et d’en faire une destination touristique. « Je n’avais aucune idée de l’endroit où se trouvait Dakhla ni de ce à quoi elle ressemblait avant de voyager », admet-il. Depuis que le Front Polisario a rompu le cessez-le-feu en vigueur depuis 1991 en novembre 2020, les hostilités ont repris le long du mur de 2 720 kilomètres de long qui sépare le territoire occupé par Rabat de celui libéré par le Polisario.

Le voyage en lui-même visait à faire connaître la ville « et à donner un coup de pouce au tourisme et aux hôtels », explique-t-il. « Pour l’instant, ce n’est pas très beau, mais c’est parce que c’est en construction et toute la partie de la côte, qui est magnifique, vit d’un tourisme qui est presque inexistant ». Pour le reste, il s’agissait d’un voyage normal auquel sont conviés des influenceurs, avec des activités de toutes sortes au programme et même un peu de « temps libre ».


Capture d’écran de l’Instagram de Miguel Mandayo.

« Un secret de Polichinelle »

L’agence d’influenceurs, pour sa part, n’a pas souhaité faire de déclarations à ce sujet, car lorsque nous avons fait part de notre intention de savoir qui était derrière ces invitations à Dakhla, elle a décidé de ne pas répondre aux questions d’El Independiente. « Je ne crois pas aux journalistes », déclare Mohamed Elben, fondateur et PDG de l’agence. Que ces voyages soient offerts par Visit Morocco est « un secret de Polichinelle », précise-t-il.

L’un des participants au voyage était Miguel Mandayo, un jeune Galicien de 23 ans qui compte plus de 200 000 followers sur Instagram et 800 000 sur Tiktok. Il est lié professionnellement à l’agence susmentionnée. Contacté par notre journal, Mandayo refuse de parler en invoquant « la nature certainement politique » des questions. Il le dit avant même qu’elles ne lui aient été posées. « Je préfère ne pas répondre », insiste-t-il. « Je ne veux pas de problèmes ».

Sur son Instagram, l’une de ses publications témoigne de son passage dans le Sahara Occidental occupé. « Un Galicien au Maroc », écrit-il. Sur les photos, on le voit avec un turban, parcourant une route sahraouie ou passant dans un Land Rover avec la côte du Sahara occupé en arrière-plan. Il inclut également une vidéo où il joue au football avec des enfants. Dans une autre publication, il raconte son aventure à Dakhla. « 24 heures au Maroc, ça fait beaucoup de choses. *publi Merci beaucoup d’avoir rendu possible @visit_Morocco_ [le compte officiel de l’autorité touristique marocaine] ».


Certains des influenceurs dégustant un copieux buffet à côté de la photo du prisonnier sahraoui Ali Salem Tamek.

La jet-set makhzénienne, derrière les propriétés à Dakhla

Parmi les influenceurs qui ont accepté l’invitation des autorités marocaines, on trouve Fran et Ailyn, qui se présentent sur leur compte Instagram Traveltipforyou [722 000 followers] comme « un couple de créateurs de contenu ». Dans leur reportage sur Dakhla, ils chantent les louanges de la propagande marocaine. « C’est l’une des meilleures destinations au monde pour faire du kitesurf », disent-ils tout en recommandant de « déguster des fruits de mer et des huîtres fraîches », de « se détendre sur la plage de Tulum » ou de « visiter l’île du Dragon avec ses vues impressionnantes ». Aucune mention n’est faite de la situation réelle du territoire. La vidéo les montre en train de profiter de complexes hôteliers de luxe tels que La Crique, un établissement composé de 25 suites VIP et de deux suites royales appartenant à la jet-set marocaine. « Il est lié à Idris Sanoussi, qui détient la majorité des projets touristiques à Dakhla. Il est le cousin de l’ambassadrice du Maroc à Madrid et est marié à une femme du palais royal marocain », commente un activiste sahraoui. Le couple de Traveltipforyou n’a pas non plus répondu à la demande d’informations de notre journal.

Des journalistes comme Alicia Escribano étaient également présents. « Les journalistes de voyage y vont pour le tourisme, pas pour porter des jugements ou des appréciations politiques », nous explique Escribano. Ce n’est pas la première fois que le régime alaouite tente de promouvoir le territoire occupé du Sahara en organisant des visites guidées pour des journalistes espagnols, mais jusqu’à présent, celles-ci ont été très discrètes, conformément à ses tentatives d’améliorer l’image du régime en Espagne par la mise en place d’un lobby pro-makhzen.

En novembre 2023, les autorités avaient organisé une visite à Dakhla d’une prétendue délégation de journalistes espagnols composée du président de l’Association de la presse de Huelva, Juan Francisco Caballero, et des photojournalistes Jordi Landero et Julián Prez. « La visite de deux jours a également permis à la délégation espagnole de constater de visu les grands projets et infrastructures dans les domaines du tourisme, de l’hôtellerie, de la logistique, des énergies renouvelables, de la pêche maritime et de l’agriculture ». Contactée par notre journal à ce moment-là, l’association de la presse d’Huelva n’avait même pas répondu. Dans des déclarations à l’agence de presse marocaine MAP, Caballero « a salué les réalisations et les projets de grande envergure menés dans la région, exprimant son souhait de transmettre cette réalité à l’opinion publique espagnole ».

Faire du surf dans un endroit qui est considéré comme occupé est déjà une erreur en soi, mais s’engager à en faire la promotion est une preuve de complicité avec cet occupant.

La Fédération des associations de journalistes d’Espagne (FAPE) avait alors évité de condamner la visite dans les territoires occupés. « Les associations de presse qui composent la FAPE sont totalement autonomes dans le développement de leurs activités sur leurs territoires respectifs. Dans ce cas précis, il faudrait en outre savoir si le président de l’Association de la presse de Huelva a assisté en qualité de journaliste d’un média ou en tant que représentant des professionnels de Huelva. Quoi qu’il en soit, en tant que FAPE, nous respectons les initiatives des associations fédérées et soutenons celles qui nous sont proposées et qui sont liées aux piliers fondamentaux de la profession, tels que la liberté de la presse et le droit des citoyens à recevoir des informations véridiques », a-t-il répondu à notre question. Cette semaine, à la suite de l’expulsion du journaliste d’El Independiente, la fédération a dénoncé les restrictions à l’exercice du journalisme qui se produisent au Sahara occidental.


L’un des influenceurs sautant une dune, à gauche. À droite, la présence policière lors d’une manifestation dans les environs de Dakhla.

Le vrai visage de Dakhla : pillage et État policier

La réalité de Dakhla est loin des clichés heureux et insouciants que tentent de projeter les influenceurs qui, tous frais payés, s’y sont rendus début janvier. Elle est plus sombre que le surf, les paysages paradisiaques de dunes et de plages vierges ou les délices locaux comme les huîtres ou le poulpe. « Comme le reste du territoire occupé, Dakhla est sous embargo policier et militaire », dénonce à ce journal Elmami Amar Salem, un militant des droits humains résidant à Dakhla. « Le peuple sahraoui vit dans un état de malheur permanent. Nous subissons des arrestations, de la surveillance, de la torture et la prison. Nous sommes marginalisés face à la vague de colons marocains. C’est une ville très riche en tourisme, pêche et agriculture, mais nous ne tirons pas profit de l’exploitation de nos ressources. Nous sommes soumis à un black-out de l’information qui fait que notre cri ne sort que très peu », déplore-t-il. En octobre, la Cour de justice de l’Union européenne a annulé les accords de pêche et agricoles entre Rabat et Bruxelles pour n’avoir pas obtenu le consentement de la population sahraouie, seule propriétaire légitime des ressources actuellement pillées.

Un climat de terreur confirmé par le Collectif des défenseurs des droits humains au Sahara occidental (CODESA), le principal réseau de militants dans les territoires occupés par le Maroc. « L’expulsion des observateurs et l’interdiction de visiter le Sahara occidental occupé visent à dissimuler une réalité que l’occupation marocaine ne veut pas que le monde découvre, qui est sans aucun doute contraire aux droits humains. Et si les occupants marocains doutent de ce que nous disons, qu’ils ouvrent donc le Sahara occidental aux observateurs internationaux », déclare son président Ali Salem Tamek. « « L’interdiction et l’expulsion d’un journaliste d’El Independiente de Dakhla par la police d’occupation marocaine constituent une partie de la réponse sur la situation des droits humains à Dakhla et au Sahara occidental. C’est une situation grave dans laquelle tous les droits civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux sont violés, tandis que les Sahraouis sont confrontés à la pauvreté et au déplacement, et sont privés de leurs ressources naturelles, qui sont pillées par l’occupation marocaine et des entreprises de certains pays qui ont été autorisées à participer au pillage en échange de leur soutien à l’occupation marocaine du Sahara occidental ».

Ahmed Aghrishi, un habitant sahraoui de Dakhla, connaît bien les ravages de l’appareil policier marocain. Son frère Lahbib a disparu il y a exactement trois ans. Ce vendredi, sa famille a organisé une manifestation dans les rues de Dakhla. « Nous ne savons rien de son sort. Les services secrets marocains nous disent qu’un de ses amis l’a tué. Ils affirment qu’il a brûlé son corps avec 15 litres d’essence et qu’il ne reste qu’un os. Nous avons réclamé son corps pour pouvoir faire des tests ADN, mais ils refusent. Ils considèrent que l’affaire est close ; pas nous », explique Ahmed dans une conversation avec notre journal depuis Dakhla. « Nous avons emmené son meurtrier présumé au poste de police et il a été libéré deux heures plus tard. Le lendemain, il a été retrouvé mort. La version officielle est qu’il s’est suicidé, mais nous savons qu’ils l’ont tué et jeté à la mer », raconte-t-il.

« Les influenceurs sont complices »

Pour Ahmed, qui continue de se battre pour faire éclater la vérité, la promotion touristique de Dakhla n’est qu’une « simple vitrine ». « Ils accueillent les touristes à l’aéroport et les emmènent dans des hôtels situés à 20 ou 25 kilomètres d’ici. Ils profitent de la belle vie, avec de la bonne nourriture, de belles plages, des fêtes et de l’alcool. Mais en ville, en attendant, il y a de la discrimination, des abus et des agressions. On ne peut pas respirer. Le gouvernement marocain nous met sous pression avec colère parce que les Sahraouis gagnent du terrain en Europe et à l’ONU », commente-t-il.

« Ces invitations de youtubeurs et d’influenceurs s’inscrivent dans le cadre de la tentative du Maroc de normaliser l’occupation illégale », souligne Abdulah Arabi, représentant du Front Polisario en Espagne. « Ce sont des outils que le Maroc utilise pour tenter de consolider ce que le droit international leur refuse. Certains des invités l’ignorent peut-être, mais d’autres se moquent des conséquences de leur travail. En tant que youtubeurs, ils ont l’obligation de respecter la vérité. Ils vendent une réalité qui ne correspond pas à la réalité. On ne peut pas aller dans un endroit où la population est maltraitée et dire que l’on ne se mêle pas de politique. C’est une question d’éthique et de droits humains », commente-t-il. « Surfer dans un endroit qui est occupé par une puissance est déjà une erreur en soi, mais se dédier en plus à le promouvoir et le normaliser est une preuve de complicité avec cet occupant », affirme-t-il.

« Ceux qui viennent à Dakhla pour promouvoir cette façade sont complices. Leurs mains sont tachées de sang. S’ils veulent connaître la réalité, qu’ils cherchent les Sahraouis et qu’ils rencontrent les victimes de torture ou les familles des prisonniers et des disparus », dit Elmami. Ahmed, qui continue de prendre le risque de manifester dans les rues surveillées de Dakhla, contrôlées par des policiers en civil et en uniforme, promet de ne pas abandonner : « Nous n’allons pas abandonner. Nous allons continuer à dénoncer tout cela, à dessiner les drapeaux du Sahara occidental et à parler aux Espagnols libres », conclut-il.

Captures d’écran de stories sur Dakhla publiées par des influenceurs espagnols, accompagnées de photos de la répression contre la population sahraouie autochtone. 

 

 

vendredi 7 février 2025

Les drones de combat turcs sont arrivés, les drones chinois, c'est pour bientôt

 

Le Maroc va déployer le drone Bayraktar Akinci

bladi.net, 5/2/2025

La flotte de drones militaires des Forces royales air (FRA) s’agrandit avec la réception des premières unités des drones de combat turcs Bayraktar Akinci.

Le Maroc continue de renforcer ses capacités de défense et s’emploie à moderniser sa flotte de drones pour plus d’efficacité et d’efficience dans les missions de renseignement, de surveillance et de combat. Lundi, les Forces royales air (FRA) ont réceptionné les premières unités des drones de combat lourds de type Akıncı, dans le cadre d’un ambitieux programme de modernisation des capacités stratégiques de l’armée marocaine. Cette acquisition s’inscrit dans un cadre de coopération technologique inédit entre le Maroc et la Turquie. Le modèle livré au Maroc qui est en cours de développement intégrera des spécifications techniques répondant aux besoins tactiques des Forces armées royales (FAR), notamment en matière de guerre électronique, de renseignement d’origine électromagnétique (ROEM) et de capacités antibrouillage avancées.

Développé par l’entreprise turque Baykar, le Bayraktar Akinci est un drone de dernière génération aux caractéristiques impressionnantes. L’appareil dispose d’une autonomie de vol de 25 heures, d’une portée allant jusqu’à 7 500 kilomètres et peut transporter 1 500 kilos de charge utile. Ce drone est capable de lancer des missiles guidés avec précision et à exécuter des frappes chirurgicales. Un véritable outil clé pour des opérations de surveillance, de reconnaissance et des attaques à longue portée dans des zones complexes.

La formation d’ingénieurs et de techniciens marocains aux technologies de l’aéronautique militaire, tant sur le plan de la conception que de la maintenance est prévue dans le cadre de ce transfert technologique. Il est question de favoriser l’émergence d’un écosystème national capable de soutenir, à moyen terme, une autonomie industrielle en matière de drones de combat, mais aussi d’ouvrir des perspectives d’exportation vers des pays tiers.

Le Maroc s'intéresse au drone chinois TB-001 “scorpion à double queues”

Le Maroc s'intéresse au drone chinois TB-001 "scorpion à double queues"

, hespress, 5/2/2025 

Les Forces Royales Air (FRA) s’intéresseraient à un drone chinois pour renforcer leurs capacités aériennes en termes de drones de reconnaissance et d’attaque. L’appareil est propulsé par deux moteurs, ce qui lui confère une particularité intéressante.

Le Maroc semble diversifier ses appareils aériens pour profiter de différentes technologies, qu’il s’agisse de drones turcs ou chinois, les forces armées royales ne ferme la porte devant aucune technologie qui pourrait combler ses besoins en matière de défense.

Dernier appareil qui semble piquer la curiosité de l’armée marocaine, le drone chinois TB-001, connu sous le nom de « Scorpion à deux queues », pourrait faire l’objet de discussions sérieuses pour une prochaine acquisitions, révèle La Razón.

Ce drone développé par l’entreprise chinoise Sichuan Tengden Sci-Tech Innovation Co., Ltd. développé en 2020, mesure près de 9 mètres de long et près de 3 mètres de hauteur avec un poids en moyenne de 2000 kilogrammes plus ou moins et une autonomie maximale allant jusqu’à 8500 kilomètres.

Le drone présente une configuration bipoutre similaire à celle du chasseur américain Lockheed P-38 Lightning. Son nom, « Scorpion à deux queues », s’explique par le fait qu’il est propulsé par deux moteurs et dispose également d’une double queue, faisant de lui le premier avion sans pilote produit en Chine avec une telle fonctionnalité.

Le drone peut transporter à la fois des armes et/ou des capteurs de surveillance. Il peut ainsi utiliser des missiles dont des air-sol de classe ar-2 de 20 kg, avec diverses méthodes de guidage et il est « assez puissant pour détruire les véhicules légers, le personnel armé au sol et d’autres cibles », selon le site Militarydrones.

Construit principalement à partir de matériaux composites, ce qui lui confère des capacités de décollage à courte distance supérieures et une efficacité de vol à haute altitude, il peut transporter jusqu’à 1,5 tonne de munitions avec une autonomie de vol continue allant jusqu’à 40 heures.

Polyvalent, ce drone chinois est capable d’effectuer différentes missions, notamment le sauvetage d’urgence, les services météorologiques, les patrouilles sur de vastes zones en plus de servir de transport aérien.

Le Maroc a déjà montré de l’intérêt pour d’autres drones chinois avant celui-ci, notamment Wing Loong X, le dernier modèle de ce type, après avoir ciblé les modèles Wing Loong I et II. Les FRA ont montré de l’intérêt aussi pour le Jet L-15 Falcon du fabricant chinois Aviation Industry Corporation of China (AVIC).

Le Forum FAR a révélé récemment la réception des drones turcs Akıncı du fabricant Baykar. Avant ce modèle, il avait acquis les drones Bayraktar TB2 en 2021.

jeudi 6 février 2025

Dans la série “Grands Projets Utiles (à qui ?)”, voici aujourd'hui The Undersea Cable

Câble sous-marin Maroc-Royaume-Uni : enfin ?

bladi.net, 1/2/2025

Les promoteurs et bailleurs de fonds s’attendent à recevoir un soutien de Londres au projet de construction du câble sous-marin de 3 800 km devant relier le Maroc au Royaume-Uni et fournir aux Britanniques 8 % de leurs besoins en énergie électrique.

Du nouveau pour le projet de câble sous-marin Maroc/Royaume-Uni 

Selon ses promoteurs et différents bailleurs de fonds, ce projet devrait bénéficier d’un appui politique substantiel pour voir le jour, rapporte Bloomberg. Un engagement des autorités britanniques devrait être déterminant pour la concrétisation du projet. Xlinks, la société en charge de la construction du projet, est d’ailleurs en pourparlers avec le gouvernement britannique pour obtenir un contrat garantissant un prix de vente fixe de l’électricité. Le tarif devrait être supérieur à celui de l’éolien offshore britannique, mais inférieur à l’accord conclu en 2016 pour la centrale nucléaire de Hinkley Point C, estime l’entreprise.

Au cours du premier semestre de l’année 2023, des fonctionnaires britanniques avaient consacré 9 500 heures de travail au projet de construction du câble sous-marin Maroc/Royaume-Uni. Mais le projet a besoin davantage du soutien du gouvernement britannique, surtout du soutien financier. La réalisation de cette liaison titanesque nécessiterait un investissement de près de 24 milliards de livres sterling (environ 29,9 milliards de dollars), dont cinq milliards injectés directement au Royaume-Uni. Le projet a déjà bénéficié du soutien financier de la société américaine GE Vernova Inc. (10,2 millions de dollars), et d’un consortium d’investisseurs comprenant le groupe français TotalEnergies SE, la société émiratie Abu Dhabi National Energy Co. et l’un des principaux fournisseurs d’énergie britanniques, Octopus Energy.

Le projet de construction du câble électrique sous-marin de 3 800 km reliera le Maroc et le Royaume-Uni. Xlinks construira une centrale électrique de 10,5 GW (7 GW pour le solaire, et 3,5 GW pour l’éolien) au Maroc. Ce dernier pourra fournir au Royaume-Uni 8 % de ses besoins en énergie électrique. Selon les calculs de la société britannique, cette installation permettra de fournir 3,6 GW d’électricité fiable et propre aux Britanniques pendant une moyenne de 20 heures par jour. Ce réseau « fournirait au Royaume-Uni une source d’énergie verte stable, complémentaire de l’essor des parcs éoliens en mer du Nord », explique Dave Lewis, président de Xlinks et ancien directeur général du groupe Tesco.

Le souhait de la société, c’est de prendre une décision finale d’investissement en 2025, de boucler le financement en 2026 et de débuter les travaux avant fin 2026. La mise en service du câble sous-marin devrait être effective avant 2031, soit peu après l’échéance fixée par Londres pour la transition vers un réseau électrique totalement décarboné d’ici 2030.

À lire :

mercredi 5 février 2025

Bye bye USAID : pourquoi je ne pleurerai pas sa mort

 FG, Tlaxcala, 4/2/2025

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Le couple infernal en cravates rouges -Donald II et Baby Marco - ont donc décidé, en accord avec Adolf Musk, de liquider l’USAID, qu’ils considèrent un repaire de fanatiques - une sorte d’Al-Qaïda marxiste de gauche radicale à l’intérieur du Beltway, le boulevard périphérique de Washington.


Les médias sociaux sont pleins de lamentations de trentenaires du Sud global, qui voient leur gagne-pain en dollars s’envoler. 

Je ne peux qu’applaudir des deux mains à cette décision des MAGAlomaniaques.  

Voici pourquoi : dans ma lointaine jeunesse, dans les heureuses années 60, j’habitais au centre-ville de Tunis. En rentrant de l’école vers midi, je m’arrêtais à la boulangerie, aujourd’hui disparue -une boulangerie industrielle sans boutique, où l’on achetait directement le pain à la sortie du four - pour acheter des « bâtards», du «pain italien» ou, plus rarement, des «baguettes». 

Vers 1963-1964, le pain devint immangeable. Quand on l’ouvrait, apparaissait une mie verte. Farine pourrie. J’ai demandé au boulanger : « Qu’est-ce qui se passe ?». L’air dégoûté, il m’a montré du doigt une pile de sacs de farine entassés dans un coin. Le texte imprimé sur les sacs disait « Graciously donated by the people of the United States of America – USAID » et -dessous les deux mains entrelacées avec le drapeau stars and stripes en background. 

Tout simplement, l’USAID nous offrait généreusement de la fariné de blé pourrie. Une raison de plus pour vomir les yankees, qui avaient commencé à bombarder le Nord-Vietnam et à débarquer des troupes au Sud-Vietnam. 

Aujourd’hui, l’USAID ne nous empoisonne plus avec de la farine pourrie, mais avec des programmes d’empowerment : empowerment des jeunes, empowerment des femmes, empowerment des LGBTQ+, bref empowerment à toutes les sauces, ketchup compris. 

Ils ont acheté une partie de la génération du printemps arabe, en forte compétition avec les fondations allemandes, suédoises, canadiennes, françaises et japonaises, sans oublier nos frères émiratis.

Bénis soient donc Donald, Marco et Adolf qui vont nous libérer de cette engeance et de sa monnaie de singe.   


mardi 4 février 2025

Soukeina Yed Ahlou Sid : « L’ONU, pour nous, c’est pire que le Maroc »

Chacun de ses mots porte le poids d’un peuple qui résiste alors que le monde continue de regarder ailleurs.

Héctor Bujari SantorumNueva Revolución,   20/1/2025
Traduit par Tafsut Aït BaâmraneTlaxcala

Au bout du fil, avec l’aide d’une traductrice, j’entends la voix de Soukeina Yed Ahlou Sid. Elle est grave, directe, chargée d’une fermeté qui ne laisse aucune place à la pitié.

Elle parle sans fioritures, comme quelqu’un qui a raconté son histoire trop de fois, mais qui n’a pas encore réussi à s’en libérer. Militante sahraouie, survivante de 12 ans de prisons secrètes. Chacun de ses mots porte le poids d’un peuple qui résiste alors que le monde continue de regarder ailleurs.


Tu as subi de nombreux abus tout au long de ta vie, de la torture aux disparitions forcées. Comment as-tu réussi à rester fidèle à ton combat pendant si longtemps, malgré toutes les souffrances que tu as endurées ?

J’ai été emprisonné pendant 12 ans. Ils m’ont attrapée à l’âge de 24 ans et j’avais quatre enfants. L’aîné avait 6 ans et le plus jeune 5 mois. La plus grande souffrance a été la séparation d’avec ma famille. Dès que la séparation a commencé, ma famille est allée dans les camps [de réfugiés en Algérie, NdlT]. Je suis restée dans les territoires occupés avec la famille de mon mari. Je n’ai pas été emmenée dans une prison, c’était plutôt une disparition, on ne savait rien de nous. Je n’étais pas enregistrée et je n’avais aucune condamnation. J’avais 24 ans. Un an plus tard, ma fille cadette est décédée.

Dans ton témoignage, tu mentionnes que tu as passé 12 ans dans des prisons marocaines secrètes. Quelle a été la partie la plus difficile de cette période et comment t’en souviens-tu maintenant que tant d’années se sont écoulées ?

Mes enfants ont souffert de la séparation. Certains sont allés chez leur père et d’autres sont restés ici. J’étais émotionnellement dévastée. J’étais une mère et j’avais laissé quatre enfants derrière moi. Je n’avais aucune sécurité, rien, aucun soutien de qui que ce soit. C’est l’incertitude que j’ai ressentie, c’était très dur. Je me consolais en me disant que ce que je faisais n’était pas vain. C’était pour le Sahara, pour voir ma terre libérée, pour la détermination. C’est la seule consolation qui m’a permis de tenir pendant cette période.

De toute façon, il n’y avait pas que moi ; dans chaque famille sahraouie, on a perdu un frère, un père, un fils, même des femmes pour cette cause...

Comment as-tu vécu le cessez-le-feu de 1991 et la trahison du processus de paix qui s’en est suivie ?

En 1991, lorsque l’accord de paix a été conclu, ils nous ont laissés partir. Je suis allée rejoindre ma famille, mes enfants. Il ne s’est même pas écoulé un an et j’ai été à nouveau emprisonnée, avec mon fils aîné, celui qui avait 6 ans la première fois qu’ils m’ont fait disparaître.

L’accord de cessez-le-feu était une trahison, une tromperie écrite sur le papier. Le peuple sahraoui y a cru, pensant que nous allions arrêter la guerre, que nous allions cesser de perdre des gens et vivre en paix. C’était une tromperie qui n’a rien changé. L’agresseur marocain a suggéré cette idée, c’était son plan. Tout ce qu’ils voulaient, c’était avoir tout le territoire du Sahara.

Je veux voir un Sahara libre. Demain, des générations vont vivre et elles ne peuvent pas trahir cette cause. C’est eux ou rien. Ils doivent la défendre.

Quel message souhaiterais-tu transmettre aux générations futures de Sahraouis qui poursuivent la lutte pour l’autodétermination ?

Je te remercie beaucoup pour cette question sur le message que je souhaite transmettre aux nouvelles générations. Tout comme nous nous sommes tenus fermement à l’objectif d’atteindre notre autodétermination, notre liberté, les nouvelles générations ne devraient pas penser à un autre objectif. Se tenir sur un rocher vous empêche de tomber ou de vous noyer ; cependant, si vous vous tenez sur une base très fragile, vous finirez par vous briser.

Il faut penser au bien du peuple, à la justice. Nous méritons d’être sur notre terre et d’y construire un avenir ; cela ne vaut pas la peine de le faire ailleurs. Le Sahara est à nous et personne ne devrait nous le prendre. Nous ne pouvons nous permettre aucun luxe si nous ne sommes pas sur notre terre.

Comment la présence constante des forces marocaines à Smara affecte-t-elle la vie quotidienne des Sahraouis ?

J’ai été contrainte d’aller vivre dans un village situé à 14 kilomètres de Smara, car la vie m’est impossible à Smara. Pas seulement pour moi, mais aussi pour mes filles, mes petits-enfants, mes parents et mes voisins.

Nous sommes constamment encerclés par la police ; ils s’appellent eux-mêmes la sécurité, mais pour moi, ils ne font que violer la sécurité. Mes filles ont dû aller à El Ayoun, parce que les enfants, à partir de 10 ans, ne peuvent pas sortir, ne peuvent pas jouer, ne peuvent pas pratiquer l’activité d’un enfant normal. Quand je vais en taxi, ils me font des ennuis. C’est une vie impossible pour moi et pour tous ceux qui m’entourent.

Quel type de harcèlement et de répression subissent les Sahraouis vivant dans les territoires occupés, en particulier les militants comme toi ?

Nous subissons des violences physiques, ils me contrôlent dans ma maison, dans mon travail, dans mes visites, ils enregistrent les personnes que je rencontre, ils prennent leurs données, leurs documents et les endroits où je vais. Ils me rendent la vie impossible à tous points de vue. Nous allons résister et nous n’accepterons jamais cette occupation marocaine.

Dans quelle mesure penses-tu que l’occupation marocaine a altéré l’identité culturelle sahraouie dans les territoires occupés ? Comment les politiques d’assimilation marocaines dans les villes occupées, telles que Smara, affectent-elles les Sahraouis qui y vivent ?

Ils n’ont négligé aucun moyen de mettre l’identité sahraouie en danger d’extinction. Il y a des générations dont les parents sont nés dans les territoires occupés, qui sont entrés avec la marche noire [la « marche verte » marocaine de 1975, NdlT] ou pour le référendum prévu en en 1991. Il y a beaucoup de Marocains. Ce sont deux générations qui sont nées ici et qui n’ont rien à voir avec le Sahara. Ce sont des escrocs culturels. Ils utilisent la mlahfa et la daraa. Ils apprennent la hassaniya.

Ils ont infiltré beaucoup de jeunes. Ce sont des Sahraouis, mais ils sont payés pour être des espions. Il y a un pourcentage de jeunes qui sont sahraouis, mais qui agissent vraiment comme des Marocains parce qu’ils travaillent pour les Marocains. Ils ont formé des générations à parler et à s’habiller comme des Sahraouis, mais ce sont des Marocains.

Même si nous parlons pendant des heures, des jours ou des mois, je ne pourrai pas exprimer à quel point je suis frustré par ce qui se passe sur notre territoire. Ce qui s’est passé avec De Mistura il y a quelques heures... ils ne travaillent pas. Ni eux, ni l’ONU... ils ne travaillent pas à la résolution de ce conflit de décolonisation de notre territoire. Il n’y a pas de protection internationale, il y a de la violence sécuritaire, plus envers les activistes qu’envers les autres citoyens. Il n’y a pas de droit, nous n’avons pas le droit de vivre. Nous vivons réprimés au maximum, souffrant dans tous les aspects, économiques, familiaux, tout. La seule chose que je veux faire, c’est sortir dans la rue. Je ne suis pas marocaine. Nous sommes sous le feu des projecteurs.

L’ONU est pire pour nous que pour les Marocains. Depuis qu’elle est arrivée, il n’y a pas de résolution, il n’y a pas d’issue, je ne vois aucun avantage à cette organisation. Personne n’est responsable du Sahara, ils ne laissent pas entrer les journalistes, les avocats ou les activistes. Ils ne laissent entrer personne.

Quel rôle les femmes sahraouies jouent-elles dans la résistance dans les territoires occupés ?

Nous les femmes, que ce soit dans les camps ou dans les territoires occupés, tout le monde sait quel rôle nous jouons. Nous sommes importantes, nous sommes dans les institutions et dans l’administration. Nous avons suivi cette trajectoire de lutte aux côtés des hommes, sans donner la priorité à l’un ou à l’autre. Nous sommes tous impliqués, hommes et femmes. Dans les territoires occupés, on voit plus de femmes pour de nombreuses raisons. Tout d’abord, les peines des hommes vont de 20 ans à la perpétuité. Dans le cas des femmes, il peut y avoir des accords et nous pouvons rester emprisonnées moins longtemps. D’après notre expérience, c’est ce qui s’est passé. Les femmes sont condamnées à moins de temps. Les jeunes de Gdeim Izik sont enfermés depuis 2010.

À quoi ressemble la vie sous l’occupation pour les jeunes Sahraouis qui grandissent à Smara et dans d’autres zones contrôlées par le Maroc ? Quelles sont leurs perspectives d’avenir ?

Ils ont réalisé un projet de migration programmée de jeunes pour fuir ces territoires dans de petites embarcations. Beaucoup d’entre eux sont morts en mer. D’autres sont en Europe. Il y a d’autres projets : destination Guyane française et Cuba.

Cette migration programmée, comment a-t-elle été communiquée aux Sahraouis ?

Il y a quelqu’un qui convainc les jeunes. On leur dit : « Ce pays n’a pas besoin de visa, je paie votre billet et vous y allez. Vous obtenez les papiers et vous entrez facilement en Europe ».

Ils lavent le cerveau des jeunes qui rêvent de venir en Europe. Officiellement, il n’y a pas d’agence ni de responsable. C’est ce que dit la rumeur. Il y a une file d’attente interminable.

Aucun jeune ne reste dans ces territoires. En Guyane, la route a été fermée, mais une autre a été ouverte à travers Cuba.

Est-ce que cela se passe aussi en Espagne, à Madrid ?

Tout comme les Sahraouis dans les territoires occupés subissent une répression très forte, le peuple marocain vit également dans la souffrance avec beaucoup de difficultés. La solution est d’émigrer. Je ne sais pas comment s’est déroulé le processus de migration vers Madrid, mais il y a des Sahraouis et d’autres qui ne le sont pas.

Quelle est la relation entre les Sahraouis qui continuent à soutenir la cause et ceux qui ont décidé de collaborer avec le Maroc ?

Il y a des Sahraouis qui ont suivi leur propre voie en soutenant et en défendant la cause. D’autres, en revanche, ont collaboré avec les Marocains, pour de nombreuses raisons : par manque de ressources, par peur, parce qu’ils vivent de l’aide qu’on leur donne... et parce qu’il y a des gens qui s’intéressent à leur cause et d’autres qui s’en désintéressent.

Nos relations ne peuvent pas être si mauvaises parce que nous sommes si peu nombreux. Nous avons déjà fait la distinction entre les réfugiés et ceux qui vivent dans les territoires occupés. Nous ne devrions pas chercher une autre raison de nous séparer. La séparation nous affecte beaucoup. L’union que nous formons entraîne des conséquences encore plus graves. Nous n’allons pas les laisser entre les mains des Marocains. Nous les gardons près de nous pour qu’ils n’oublient pas notre cause.

L’Espagne est un membre très compliqué, elle est coupable de tout ce qui se passe. Vous avez des relations très étroites avec les Marocains.

Comment se passe l’acceptation sociale au sein de la communauté sahraouie de ceux qui ont décidé d’accepter les compensations économiques offertes par le Maroc pour les années de plomb ?

Ces compensations économiques n’étaient pas destinées aux Sahraouis, mais aux Marocains qui ont participé au coup d’État contre Hassan II. Aucun Sahraoui n’a reçu de compensation. Ils ont donné très peu parce qu’ils ne nous ont pas mis en prison de manière légale. Ils ne nous ont même pas donné de quoi compenser l’année passée loin de mon enfant. Rien du tout. Aucun Sahraoui n’a participé à ce processus.

Quelle est, selon toi, la principale raison de la division qui existe entre les différentes associations de défense des droits humains qui défendent la cause sahraouie ?

Il n’y a pas de division du tout, il y a beaucoup d’associations composées de victimes. Le principal problème est que chaque fois que nous voulons nous réunir, nous ne le pouvons pas. Nous sommes très surveillés, nous sommes encerclés, il y a des infiltrés. Il est vrai que certaines personnes ont certaines opinions, d’autres ne sont pas d’accord et ont d’autres opinions. Mais il y a beaucoup de soutien entre nous. Lorsque nous sommes blessés ou lorsque des Marocains viennent, nous nous soutenons tous les uns les autres. Il n’y a pas de division, c’est une rumeur. Nous nous entendons tous très bien.

Notre association de victimes de disparitions forcées a été créée en 1998, nous voulions nous réunir, nous étions 323 des prisons de Smara, 50 d’El Ayoun. 43 sont morts pendant cette période. Nous nous sommes réunis pour former cette association. Nous avons eu l’autorisation de nous légaliser, nous sommes une association de victimes, nous avons été victimes de disparitions forcées, ni jugés ni condamnés...

➤ Voir le documentaire de Laura Sipán Soukeina, 4.400 días de noche:12 años en las cárceles secretas de Marruecos [Soukeina, 4 400 jours de nuit : 12 ans dans les prisons secrètes marocaines]


lundi 3 février 2025

TOXIC BOB, l’homme qui a trouvé mieux que le LSD : l’or, le cuivre et le fer
Un dossier Tlaxcala sur Robert Friedland, l’Elon Musk du sous-sol

 Avouons-le : il y a encore quelques jours, nous ignorions encore tout de Robert Friedland. Nous l’avons découvert lors de nos recherches sur J Peter Pham, le nouveau Monsieur Afrique de la deuxième présidence Trump. Robert Friedland, alias “Toxic Bob”, gagne à être connu. Découvrez celui qui fut le gourou du jeune Steve Jobs dans leur folle jeunesse imbibée de LSD, avant de trouver une drogue beaucoup plus forte dans les entrailles de la terre, du Colorado à l’Alaska, du Venezuela au Myanmar, du Congo au Liberia, sans oublier la Mongolie. Un véritable Elon Musk du sous-sol …


Corriger erratum page 24, une ligne en fin de page a sauté ; il faut lire :

En 2019, lors de la première visite de Félix Tshisekedi, aux États-Unis, Pacifique Kahasha, le chargé d’affaires du président, l’introduit au chef d’État congolais.



dimanche 2 février 2025

Manu et Momo vont en bateau : Dossier SOLIDMAR

Macronie et Makhzen, la mano en la mano : un “partenariat d’exception renforcé”

Dossier SOLIDMAR
2 février 2025

Entre la France et le Maroc d’en haut, c’est l’idylle. Oubliées les questions qui fâchaient, comme la présence de certains Grands Tortionnaires makhzéniens sur le territoire français [au contraire, on les décore] ou encore les écoutes par logiciel Pegasus du téléphone du président français. Désormais, Manu et Momo filent le parfait amour, de quoi rendre jaloux certains boxeurs. Un amour fait en même temps d’ennemis communs et de contrats juteux. Les ennemis communs, on le sait, ce sont les Algériens et les Sahraouis. Les contrats ne se comptent plus : il y en aura pour tout le monde, d’Alstom à TotalEnergies en passant par Thalès, LVMH, Veolia, Orange, Engie et l’OCP (Office chérifien des phosphates).

La déclaration d’amour de Manu à Momo a eu lieu le 30 juillet [doc. 1]. Les noces ont eu lieu les 28, 29 et 30 octobre au Maroc, où Manu s’était rendu en compagnie de pas moins que 138 témoins [Doc. 2]. Le Français a prononcé sont serment d’allégeance devant le Parlement marocain [Doc. 3], l’Alaouite s’est contenté d’écouter, de tenter de sourire et de chuchoter. Les deux monarques ont signé une déclaration relative au « partenariat d’exception renforcé » [Doc. 4]. Et ils ont supervisé la signature de contrats et d’accords pour un montant de plus de 10 milliards d’Euros [Docs. 5 et 6].

Bref, on assiste à un redéploiement de la Françafrique, chassée du Niger, du Mali, du Burkina Faso, du Tchad et peut-être même du Sénégal, à partir du Maroc. Pour le dire en langue de bois royale : « Sa Majesté Le Roi suit de près les efforts importants de la France pour renouveler le partenariat entre la France, l’Europe et les pays africains et l’adapter aux défis du 21ème siècle dans un esprit de respect et d’intérêt mutuels ».

 

SOMMAIRE
1- Lettre du 30 juillet 2024…………………………………………................p.2

2 - Les 138 témoins du mariage…………………………………....................p.4

3 - Serment d’allégeance…………………………………………................…p.7

4 - Déclaration relative au « partenariat d’exception renforcé »
entre le Royaume du Maroc et la République française……........................p.8

5 - Synthèse des accords économiques signés dans le cadre
des rencontres entrepreneuriales Maroc-France,
Rabat, le mardi 29 octobre 2024……………………………….................…p. 11

6- Liste des contrats et accords signés cette semaine entre la France
et le Maroc…………………………………………………………….........…p. 14

 

 

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samedi 1 février 2025

10 choses à savoir sur Youssef Amrani, ambassadeur du Maroc à Washington

 

En Amérique latine, à l’Union européenne, en Afrique du Sud et maintenant aux États-Unis, le diplomate porte et a porté, parfois sur des terrains difficiles, la voix du Maroc. À Washington, il travaille à entretenir et renforcer une relation bilatérale particulièrement ancienne et solide.

Youssef Amrani, ambassadeur du Maroc à Washington, en janvier 2025. © Ambassade du Maroc aux USA

Youssef Amrani, ambassadeur du Maroc à Washington, en janvier 2025. © Ambassade du Maroc aux USA


Fadwa Islah,
Jeune Afrique, 30/1/2025

À 71 ans, Youssef Amrani fait aujourd’hui partie des figures incontournables de la diplomatie marocaine. Avec plus de quatre décennies d’expérience, il a occupé des postes clés à travers le monde, représentant le Maroc en Amérique latine, en Afrique et désormais aux États-Unis, où le roi Mohammed VI l’a nommé en octobre 2023. Derrière ce parcours, Amrani incarne aussi une nouvelle génération de diplomates ancrés dans leur temps, capables d’utiliser les outils numériques et les nouvelles technologies pour renforcer leur influence.

Pourtant, il a longuement hésité avant d’accepter de se prêter à cet exercice du portrait journalistique, jugeant l’introspection trop personnelle pour un homme qui a toujours œuvré dans la discrétion et l’ombre des négociations. « La passion qui m’anime dépasse les limites d’un récit personnel. Elle ne saurait être pleinement traduite à travers mon vécu, ma personne ou ma carrière », explique-t-il. À ses yeux, la diplomatie ne se mesure pas en exploits individuels, mais dans la force d’un engagement collectif. « Je suis convaincu d’être, comme beaucoup d’autres de mes collègues, le fruit d’une histoire façonnée par les rencontres, les expériences et les témoignages de confiance des hommes et des femmes qui m’ont entourés. »

À Washington, où il succède à Lalla Joumala Alaoui, il ne se contente pas des canaux diplomatiques traditionnels. Présent sur les réseaux sociaux, il suit et anticipe les tendances, dialogue avec les think tanks et autres cercles d’influence, et sait que l’image d’un pays se joue aussi sur le terrain digital. Il parle d’une diplomatie moderne, qui « encode et décode les relations internationales, comprend et influence les dynamiques ». Portrait d’un diplomate connecté, à la fois fin stratège, homme de terrain et esthète, qui continue, même après quarante-cinq ans de carrière, à réinventer son métier.

1. Tangérois

Né en septembre 1953, Youssef Amrani a grandi à Tanger, au nord du Maroc, qui avait alors le statut de « ville internationale ». De cette enfance dans cette cité charnière entre deux mers, la Méditerranée et l’Atlantique, deux continents, l’Afrique et l’Europe, carrefour de civilisations qui a inspiré de nombreux artistes, de Matisse à Hemingway en passant par Tennessee Williams, les Rolling Stones, Mohamed Choukri ou Paul Bowles, l’ambassadeur du royaume aux États-Unis conserve un accent chantant reconnaissable entre mille, typiquement tangérois. Mais aussi et surtout une ouverture d’esprit et une extraordinaire capacité à naviguer entre les mondes. « Tanger est une école naturelle de diplomatie, qui m’a ouvert les yeux sur des horizons qui reflètent l’ADN de notre pays : une vocation internationale, un ancrage africain et une identité unique, que beaucoup nous envient, à juste titre », nous dit-il.

2. Multiculturel

L’éducation reçue par Youssef Amrani est à l’image de sa ville natale : internationale. Après une scolarité primaire et secondaire à l’école Adrien Berchet, puis au lycée Regnault, établissements français à Tanger, il effectue ses études supérieures – licence en sciences économiques obtenue en 1978 – à Rabat, à l’université Mohammed V, puis aux États-Unis, à la Boston University School of Management. Un parcours à cheval entre plusieurs cultures, qui lui a permis de développer une solide base académique, mais également une capacité à s’exprimer aussi bien en arabe, qu’en français, en espagnol, en anglais et en italien. L’ambassadeur du Maroc à Washington passe ainsi de l’une à l’autre avec une aisance qui a de quoi déconcerter ses interlocuteurs, ajoutant à la maîtrise de ces langues une connaissance fine des cultures qu’elles véhiculent et de leurs codes.

3. Mentors de choc

Derrière l’humour et l’apparente bonhomie de l’ambassadeur Amrani se cache un fin stratège, un négociateur redoutable à l’esprit vif, capable de lire une situation et ses acteurs en un instant. Diplomate chevronné, il manie aussi bien l’art de l’influence que celui de la réserve. Un savoir-faire que cet homme, qui ne manque jamais de rappeler qu’il a eu « l’honneur indicible de servir deux souverains, feu Sa Majesté le roi Hassan II et Sa Majesté le roi Mohammed VI », a développé tout au long de sa carrière, aux côtés de figures d’exception qui lui ont transmis des valeurs et des compétences fondamentales.
Il évoque avec reconnaissance M’hamed Boucetta, qui lui a inculqué « le sens politique et l’amour de la patrie », et Mohamed Benaïssa, dont il admire « la finesse critique, l’élégance, la courtoisie et la curiosité pour l’Amérique latine et le monde hispanique ». Il retient également de Taïeb Fassi-Fihri une maîtrise inégalée de la négociation internationale et une approche minutieuse et substantielle des différents dossiers prioritaires de la diplomatie marocaine – et particulièrement ceux liés à l’Union européenne. Driss Alaoui Mdaghri, quant à lui, est décrit comme « un fin connaisseur du Maghreb et un manager hors pair ».
Ces mentors lui ont inculqué des principes qu’il juge essentiels à l’exercice diplomatique : « La diplomatie n’est pas pour les hésitants ou les craintifs. Ils m’ont appris à être curieux, à aller vers l’autre et à faire le premier pas. » Plus que de simples conseillers, ces personnalités ont été des guides, dont il reconnaît l’impact encore aujourd’hui : « Leur maîtrise des mots et leur charisme naturel m’ont marqué de tellement de manières et continuent d’être une référence pour moi. »

4. Famille istiqlalienne

Issu d’une famille istiqlalienne, avec un père inspecteur du parti pour toute la région nord du Maroc – par ailleurs chef d’entreprise – et une mère militante, le futur diplomate a baigné durant ses années de jeunesse dans une atmosphère très patriote. « J’ai grandi porté par une envie forte de vivre pour le drapeau qui est le nôtre, et qui ne m’a jamais quittée depuis, l’engagement citoyen et la lutte pour l’unité nationale étaient un sujet récurrent des dîners de famille », se souvient cet aîné d’une fratrie de six enfants – 5 frères et une sœur. « Ce cocon familial a été mon premier espace de socialisation et sans doute le plus structurant. Mes premières négociations, ce fut avec eux que je les ai menées. »

À la maison, il voit défiler régulièrement des leaders politiques emblématiques de l’époque, à l’instar d’Allal El Fassi, qui ont lutté pour la récupération des territoires usurpés par la colonisation et l’indépendance du Maroc. « Les voir à l’œuvre a été sans doute plus déterminant que je le pense dans cet amour que je porte au métier. Leurs expériences m’ont familiarisé avec les valeurs cardinales du diplomate que sont la persévérance, la détermination et la solidarité. »

5. Passionné

Avant de poursuivre : « Les observer m’a également permis d’affiner des compétences nécessaires en matière de leadership, de communication et de travail en équipe. » Et le moins qu’on puisse dire, c’est que Youssef Amrani sait trouver les mots pour convaincre et mener les hommes. Ce dont témoignent de nombreuses sources aux Affaires étrangères, dont ses collaborateurs, qui parlent de lui comme d’un diplomate inspirant, passionné, mais aussi très exigeant. « La vie a cette vertu de rendre plus légers les défis lorsqu’on est animé par une passion sincère et un amour profond pour ce que l’on fait, et pour les gens avec qui on le réalise », répond à ce propos l’homme qui, après quarante-cinq ans de carrière, continue de vouloir toujours faire mieux. « Peut-être que je suis un éternel insatisfait, mais je ne considère rien comme définitivement acquis. Chaque réunion, chaque jour est une occasion de faire mieux, de faire plus… Je m’intéresse au moindre détail, à la virgule, convaincu que c’est souvent à la marge, là où on s’y attend le moins, que l’on peut entrevoir des progressions inattendues, celles qui font la différence. »

6. Transmission

Youssef Amrani a à cœur de transmettre aux jeunes générations son savoir et son savoir-faire acquis au cours de sa longue expérience. Il a ainsi conçu un Guide du diplomate marocain et a été parmi les initiateurs du projet de l’Académie, qu’il a suivi et piloté de près avec ses équipes durant ses précédentes fonctions au ministère des Affaires étrangères, pour en faire un tremplin de l’efficience diplomatique du royaume. « La transmission est nécessaire et essentielle. Je me fais un devoir d’accorder du temps et de l’attention aux nouvelles générations, qui d’ailleurs me le rendent bien, m’apprenant souvent à leur tour beaucoup de choses que j’ignorais », commente-t-il. « Aujourd’hui, nous avons un Institut de formation, de recherche et d’études diplomatiques au sein même du département. Je le considère comme le cœur battant de notre diplomatie, et je me félicite de voir chaque année de nouvelles promotions éclore de celui-ci ».

7. Esprit de corps

Aux côtés de cette volonté de transmission, Youssef Amrani accorde aussi beaucoup d’importance à l’esprit de corps et à la solidarité. « Nos collègues, c’est une deuxième famille. Ensemble, nous œuvrons pour une cause qui nous dépasse et, naturellement, nous apprenons à nous connaître et à nous apprécier au-delà des simples relations professionnelles. Dans une ambassade, jeunes et moins jeunes collaborent dans une harmonie que peu soupçonneraient. Une ambassade, c’est un petit Maroc en dehors du Maroc : avec la même culture du vivre-ensemble, la même solidarité et la même camaraderie qui font la richesse de notre pays. Plus une mission est délicate, plus nos rangs se resserrent autour de la cause que nous défendons : servir les intérêts de la nation sans faiblir face aux efforts, sans céder aux difficultés, et en ne concédant que ce qui est juste et nécessaire. »

Et de marteler : « Ces dernières années, nos diplomates marocains se sont forgé beaucoup de vécu et une expérience sans précédent. De la gestion de la crise du Covid-19 aux succès diplomatiques qui se sont enchaînés, ils ont été les artisans d’une politique étrangère que Sa Majesté le roi Mohammed VI a voulue profondément humaniste, solidaire et ancrée dans une logique de co-développement. Cette vision royale guide au quotidien l’action de notre large appareil diplomatique à travers le monde. »

8. Âme sœur

Youssef Amrani est marié à l’essayiste et médecin Asma Lamrabet, qu’il évoque avec pudeur. Il choisit ses mots avec précaution, mesurant le poids de chaque expression lorsqu’il s’agit d’évoquer celle qui partage sa vie. « Loin de moi l’idée de gérer quoi que ce soit dans cette relation de vie que j’ai avec Asma. Elle est pour moi ce que j’espère être pour elle : le compagnon, le confident, l’ami qu’on ne saurait espérer dans une vie. » Puis, avec une sincérité presque retenue, il ajoute : « Connaissant sa pudeur, elle me reprochera sans doute d’en avoir déjà trop dit. »

Derrière cette réserve transparaît une admiration profonde pour le parcours et les engagements de son épouse. Médecin de formation, militante engagée pour une lecture progressiste et inclusive de l’islam, elle a mené ses combats intellectuels avec une constance rare. « Ses sacrifices ont été nombreux. En tant que médecin, elle a souvent dû interrompre ses activités pour me suivre dans les quatre coins du monde. » Pour autant, elle n’a jamais cessé d’œuvrer : à Mexico, Bogota, Santiago du Chili, elle s’est investie bénévolement en tant que médecin, tout en poursuivant ses recherches et en publiant des ouvrages qui ont marqué le débat sur l’islam et la place des femmes.

Une vision qui résonne avec celle de Youssef Amrani, qui défend une diplomatie moderne et inclusive. « Les femmes jouent un rôle croissant dans cette transformation. Leur présence dans des postes stratégiques enrichit notre diplomatie d’une sensibilité nouvelle, d’approches innovantes et de compétences solides. » Pour lui, l’intégration des femmes dans les sphères de décision diplomatique n’est pas seulement un progrès, mais une nécessité.

9. Priorités à Washington

Avant sa nomination en octobre 2023 comme ambassadeur du Maroc aux États-Unis, Youssef Amrani s’est forgé une carrière diplomatique de près de quarante-cinq ans, occupant des postes stratégiques au sein du ministère des Affaires étrangères, au Cabinet royal, ainsi que dans plusieurs ambassades, en Amérique latine et centrale (Colombie, Équateur, Panama, Chili, Mexique), mais aussi en Afrique du Sud (2019-2023). Un poste particulièrement sensible, Pretoria étant l’un des plus farouches opposants à la position marocaine sur le Sahara.

À Washington, Youssef Amrani s’attelle à consolider et amplifier l’alliance historique qui lie le Maroc aux États-Unis, la plus ancienne qu’ait connue l’Amérique. « Le Maroc, rappelle-t-il, n’a pas seulement été le premier pays au monde à reconnaître les États-Unis en 1777. Nous sommes le partenaire qui n’a jamais failli. » Ce partenariat stratégique s’articule autour de trois piliers : la coopération militaire, avec African Lion, l’exercice le plus important du continent, la relation économique, après vingt ans d’accord de libre-échange, et la défense du Sahara marocain, dans la continuité de la reconnaissance américaine de 2020.

Diplomate de terrain et fin connaisseur des cercles d’influence américains, Youssef Amrani privilégie une approche directe : rencontres avec les responsables politiques et économiques, plaidoyer dans les think tanks, dialogue permanent avec la diaspora marocaine. « Chaque journée est différente, mais toutes sont guidées par une même mission : renforcer ce partenariat stratégique unique. » Sa priorité ? Ancrer durablement le Maroc comme un acteur clé dans la stratégie américaine en Afrique et dans la région Mena.

10. Une part de rêve

Derrière l’homme de terrain et l’analyste des hautes sphères qu’est Youssef Amrani, il y a un esprit sensible, passionné d’art et de nature. Peinture, jardinage, pêche… il a de nombreux passe-temps et centres d’intérêt, sans doute plus que ce que son temps libre lui permet. « Rester connecté à ces activités m’a permis de garder une part de rêve dans un monde où les réalités vous rattrapent toujours trop vite. L’art est une échappatoire de l’esprit qui m’a toujours fasciné. Un tableau de Glaoui ou de Chaïbia parle du Maroc bien plus qu’un discours ne peut le faire », souligne celui qui s’évertue à partager son intérêt pour la peinture avec ses petits-enfants Yanis et Kenza en les emmenant notamment visiter des musées. Lorsqu’il n’est pas en train de défendre les intérêts du Maroc sur la scène internationale, il trouve refuge dans les couleurs et la structure, des prétextes uniques pour « voyager avec les sens ».