2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

dimanche 20 avril 2025

Elnet, ou l’art sioniste d’acheter les consciences européennes à bas prix

Ça s’appelle Elnet, acronyme de European Leadership Network, à ne pas confondre avec ELN, acronyme de l’autre European Leadership Network, un think tank « respectable » créé en 2011 et basé à Londres. Elnet n’a rien de respectable : c’est une machine de guerre israélo-yankee créée en 2007 après la deuxième Intifada pour intoxiquer les opinions occidentales avec la plus pure hasbara [propagande] sioniste. Cœur de cible : les parlementaires nationaux des pays de l’UE et européens. Après le 7 octobre 2023, Elnet a organisé 20 voyages en Israël de 300 parlementaires européens et britanniques. Mais Elnet a aussi diversifié ses opérations, organisant des voyages en Terre promise de militaires, d’industriels et de grands intellectuels, notamment Bernard-Henri Lévy et Michel Onfray, sans oublier l’inénarrable Helvético-Catalan, Manuel Carlos Valls i Galfetti, ainsi que des voyages de décideurs israéliens en Europe. Parmi les parlementaires, on ratisse large, des conservateurs aux écologistes, en passant par les libéraux et les sociaux-démocrates, et des Lituaniens aux Portugais en passant par les Hongrois, Roumains, Français, Allemands, Italiens etc.. Ci-dessous des documents sur cette entreprise d’achat (à bas prix) de consciences. -Ayman El Hakim

 

Elnet, un agent d’influence pro-Israël au cœur du Parlement français

Depuis 2017, ce lobby a envoyé, tout frais payés, une centaine de parlementaires en Israël. Son PDG revendique avoir fait « plus que [sa] part » dans le soutien de « l’immense majorité » de l’Assemblée nationale et du Sénat à l’égard de l’État hébreu depuis le 7-Octobre.

Pauline Graulle, Mediapart, 29/12/2024

Sur les photos, ils posent en souriant devant le Mur des lamentations, l’air concentré dans une salle de réunion du ministère des affaires étrangères israélien, ou la mine grave lors d’une visite d’un kibboutz attaqué par le Hamas le 7-Octobre… Au fil des années, ces images de députés et de sénateurs français sont venues par dizaines abonder le site Internet d’Elnet – pour « European Leadership Network » –, une association bien connue de la plupart des parlementaires qui reçoivent régulièrement ses mails les invitant à des voyages en Israël.

Sur le papier, ces séjours, intégralement financés par Elnet – il faut compter 4 000 euros pour quatre jours, hôtel et trajet en avion compris –, ont de quoi attirer les élus : ils proposent des rencontres « de haut niveau » avec des intellectuels, des ambassadeurs ou des officiers de Tsahal, mais aussi des visites de la Knesset, du mémorial de Yad Vashem ou de bases militaires à la frontière palestinienne...


« Par votre présence, vous contribuerez au renforcement de la relation stratégique bilatérale entre deux pays […] qui partagent les mêmes valeurs [et] ont les mêmes ennemis », écrivait ainsi l’organisme, à l’été 2021, dans un mail envoyé à trente-quatre parlementaires macronistes, Les Républicains (LR), centristes et socialistes, à la veille de leur départ vers l’État hébreu. Un voyage durant lequel ils ont pu rencontrer un ex-numéro 2 du Mossad pour évoquer les enjeux sécuritaires du pays, ou Benyamin Nétanyahou, alors chef de l’opposition, qui a résumé en un mot la recette du « miracle israélien » : le « capitalisme ».

En mars 2023, quinze députés LR se rendaient encore à Jérusalem pour, entre autres, écouter un commandant de police leur présenter le dispositif de vidéosurveillance avec reconnaissance faciale de la vieille ville, et regarder avec lui la vidéo d’un attentat commis quelques semaines plus tôt par des Palestiniens. Deux mois auparavant, alors que les manifestations se multipliaient contre la très controversée réforme de la justice de Nétanyahou, c’était au tour de députés macronistes d’écouter un député du Likoud leur assurer que le gouvernement ne porterait en aucun cas atteinte aux libertés fondamentales…

Après le 7-Octobre, Elnet a renforcé son action. Huit jours seulement après les massacres commis par le Hamas, l’organisation envoyait dix députés LR et Renaissance – ainsi que Manuel Valls, récemment nommé ministre des outre-mer – visiter la base militaire de Shurah, au sud de Tel-Aviv, où reposaient les corps de 300 victimes non encore identifiées, rencontrer des familles d’otages et s’entretenir avec des survivants à l’hôpital Ichilov. « Alors que l’attention médiatique se tourne vers les images de destructions à Gaza, il est encore plus critique pour les décideurs européens de voir la réalité sur le terrain du point de vue israélien pour contribuer à maintenir le soutien nécessaire de la part des alliés européens clés », commentait Elnet après le déplacement.

En janvier 2024, alors que le nombre de morts à Gaza frôlait les 25 000, une délégation de 22 sénateurs et sénatrices, dont Francis Szpiner, Loïc Hervé ou Françoise Gatel, ministre des gouvernements Barnier et Bayrou, publiaient aussi une tribune à leur retour de leur voyage Elnet : « Ce voyage a renforcé notre attachement à la société israélienne et notre conviction profonde qu’Israël [...] est à l'avant-garde d'une guerre de la civilisation contre la barbarie », écrivaient-ils.

Un long travail d’influence

Créée en 2010, la branche française d’Elnet – qui dispose également d’antennes en Belgique, au Royaume-Uni, en Allemagne ou en Italie – a pris ses quartiers à quelques mètres de l’Assemblée nationale, rue Saint-Dominique. Un endroit stratégique pour l’ONG qui déclare être financée « à 100 % » par des contributions privées (voir en annexes) et affiche pour ambition de « renforcer le dialogue diplomatique, politique et stratégique entre la France et Israël ».

Derrière cet objectif, Elnet cache difficilement son tropisme en faveur du gouvernement d’extrême droite emmené par Nétanyahou. Plus encore depuis le début de la guerre à Gaza que plusieurs organisations internationales, à l’instar d’Amnesty International, qualifient désormais de « génocide ». « C’est un lobby qui a pignon sur rue », résume le sénateur socialiste Rachid Temal, auteur d’un rapport publié en juillet sur les influences étrangères, qui souligne que « l’association, comme tous les autres lobbys, a le droit de faire de l’influence dès lors que c’est déclaré ».

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Une régularisation très tardive à la HATVP

Malgré la loi Sapin de 2016 sur la lutte contre la corruption qui oblige les représentants d’intérêts à s’inscrire comme tels sur le registre de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), il aura pourtant fallu huit ans à Elnet pour s’enregistrer auprès de l’instance.

Une incongruité qui n’avait d’ailleurs pas échappé à la sénatrice UDI Nathalie Goulet qui, lors des discussions sur les influences étrangères au Palais du Luxembourg cet été, avait noté que « certains organismes qui invitent des parlementaires en voyage de façon régulière […] ne figurent pas sur la liste de ces lobbies, Elnet pour ne pas le nommer ».

Questionnée le 21 novembre par Mediapart sur les raisons pour lesquelles elle ne s’était pas encore déclarée auprès de la HATVP, l’association a répondu : « Nous n’estimions pas relever de la catégorie de représentant d’intérêts. Afin de nous assurer que nous étions bien en conformité avec la loi, nous avons rencontré l’HATVP et nous sommes convenus avec ses responsables qu’il nous fallait nous déclarer comme tel. C’est donc en cours. » Également contactée sur ce point, la HATVP a indiqué qu’elle ne « pouvait pas [nous] en dire plus ». Comme un heureux hasard, Elnet a finalement fait son apparition dans le registre... cinq jours après notre sollicitation.

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Le 23 septembre, dans une interview au média en ligne Qualita, une chaîne destinée aux Français ayant immigré en Israël, le président d’Elnet-France, Arié Bensemhoun, se félicitait ouvertement de l’influence de son organisation sur le microcosme politique français.

« Je reste relativement optimiste sur la capacité de changer les paramètres du discours diplomatique, disait-il. D’un côté, il y a la diplomatie officielle, et de l’autre côté, il y a la diplomatie parlementaire. Je rappelle que l’immense majorité du parlement [français] soutient Israël […] dans son combat contre le Hamas et le Hezbollah, et c’est le résultat de décennies de travail qui a été fait par les uns, par les autres, nous y avons fait plus que notre part. »

De fait, depuis 2017, les débats sur le conflit israélo-palestinien ont peu à peu changé de ton dans une Assemblée nationale qui affichait jusque-là une ligne plutôt bienveillante à l’égard de la cause palestinienne, à l’unisson avec le Quai d’Orsay. Entre le vote, en 2019, d’une résolution visant à condamner tout discours « antisioniste » au motif qu’il serait automatiquement antisémite, le réquisitoire, en plein hémicycle, contre l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri en 2022, la démission du président du groupe France-Palestine, privé de parole lors d’un débat sur « l’apartheid » en Israël, et le « soutien inconditionnel » à l’État hébreu décrété par la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet en 2023, c’est peu dire que l’ambiance a changé.

De là à y voir la main d’Elnet ? L’association n’a en tout cas pas chômé pour peser sur les représentations des parlementaires français ces dernières années. Interrogée par Mediapart, l’ONG indique « ne pas tenir les comptes », mais à en croire les déclarations officielles des députés et sénateurs – tenus de rendre publique « toute acceptation d’une invitation à un voyage émanant d’une personne morale ou physique dont ils ont bénéficié à raison de leur mandat » –, 55 voyages ont été organisés pour des députés et 46 pour des sénateurs depuis 2017.


© Infographie Mediapart 

À ces chiffres, s’ajoutent les allers-retours effectués mais non déclarés : en tout, une centaine de parlementaires sont ainsi partis en Israël avec Elnet devenue, de loin, la première organisation à faire de l’influence via des voyages de parlementaires.

Des aficionados dans la macronie et chez LR

Certains parlementaires sont même devenus des habitués d’Elnet. Côté macronistes, la députée Renaissance des Français d’Israël, Caroline Yadan, mais aussi sa collègue des Hauts-de-Seine Constance Le Grip ou encore le ministre des affaires européennes Benjamin Haddad ont fait plusieurs allers-retours. Fervents défenseurs du « droit d’Israël à se défendre » depuis le 7-Octobre, tous appartiennent au groupe d’amitié France-Israël et assument une forme de prosélytisme pro-israélien dans les rangs du camp présidentiel.

C’est également le cas de l’ex-présidente du groupe d’amitié France-Israël (de 2019 à 2023), aujourd’hui ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, qui fut l’une des toutes premières à profiter des voyages Elnet. En juillet 2018, juste après son entrée au Palais-Bourbon, la jeune députée des Yvelines faisait ainsi partie d’une délégation Elnet de trente et un parlementaires reçus pour une discussion qualifiée de « constructive » avec Benyamin Nétanyahou.

“C’est un honneur de faire partie de la délégation d’Elnet”

L’ex-député LR Pierre-Henri Dumont 

Depuis, celle qui juge cette association « utile pour lutter contre le fléau de l’antisémitisme, ce d’autant plus dans ce moment où il refait surface », est repartie au moins deux fois avec Elnet. Dernier voyage en date, le 7 octobre 2024, pour les commémorations des attaques meurtrières du Hamas, en compagnie de ses collègues Caroline Yadan et Sylvain Maillard. Depuis les lieux du massacre du festival Nova, ils en ont profité pour défendre une position orthogonale à celle du ministère des affaires étrangères sur l’envoi des armes en Israël.

À droite encore, Elnet trouve plusieurs autres soutiens, tels le vice-président (UDI) du Sénat Loïc Hervé, Meyer Habib, « ami personnel » de Nétanyahou, mais aussi les élus LR Michèle Tabarot, Roger Karoutchi, Karl Olive – aujourd’hui proche d’Emmanuel Macron – ou Pierre-Henri Dumont. L’ancien président de la commission des affaires internationales de l’Assemblée – qui a perdu son siège en 2024 – n’a jamais hésité à se faire l’ambassadeur de l’organisation : « C’est un honneur de faire partie de la délégation d’Elnet », assurait-il récemment dans un message calibré, dûment relayé sur les réseaux sociaux par l’organisation. 

© Infographie Mediapart 


A contrario, nombre de députés ne goûtent guère les sollicitations insistantes d’Elnet. Le député macroniste Ludovic Mendès rapporte avoir été approché par le PDG d’Elnet-France il y a deux ans, lors d’un dîner du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France). Mais « pas question d’aller où que ce soit avec un organisme financé par on ne sait qui et qui promeut une ligne religieuse ou politique, assure-t-il à Mediapart. Quand je vais en Israël, je veux par ailleurs pouvoir me rendre où je veux, y compris du côté palestinien ». Une ancienne députée proche de Gabriel Attal raconte également avoir refusé les propositions de l’ONG : « J’ai une éthique », dit-elle.

Dans les rangs socialistes, l’ex-députée Valérie Rabault et le député Jérôme Guedj, tous deux membres du groupe France-Israël à l’Assemblée, ont eux aussi décidé de ne pas répondre aux sollicitations d’Elnet, par peur des potentielles « ingérences ». Le député Liot (Liberté, indépendants, outre-mer et territoires), ancien vice-président du Palais-Bourbon chargé des questions de déontologies, David Habib a, quant à lui, décidé de jouer cartes sur table : il a effectivement réalisé un voyage avec Elnet, mais il a payé tous les frais de sa poche. 

“C’est un peu comme les voyages en URSS dans les années 1930”

Christophe Marion, député macroniste 

Reste enfin les participants qui acceptent les voyages mais disent ne « pas être dupes » sur ses objectifs. « Elnet fait du soft power et n’est clairement pas là pour porter un message critique sur Israël. Mais ces voyages restent intéressants », estime le macroniste Mounir Belhamiti, membre de la commission de la défense à l’Assemblée nationale, qui s’est rendu une fois en Israël au moment de la loi de programmation militaire, mais a refusé d’y retourner après le 7-Octobre.

Une position partagée par son collègue Christophe Marion, qui s’est rendu deux fois en Israël avec Elnet : « C’est un peu comme les voyages en URSS dans les années 1930, sourit-il, même si cela permet de mieux appréhender la situation complexe dans la région. Je n’ai pas de problème à y aller du moment qu’on ne me demande pas de porter des positions ensuite. » Pour autant, l’élu reconnaît qu’il se poserait probablement davantage de questions si l’organisation lui proposait de repartir aujourd’hui.

La cible de « l’extrême gauche »

Se définissant comme un « think tank du dialogue stratégique entre la France et Israël », Elnet assure se contenter de promouvoir « la démocratie, la liberté, la justice et la paix » de manière « indépendante » et « apolitique ».

De politique, Arié Bensemhoun, le président d’Elnet-France, ne parle pourtant que de cela. Que ce soit sur Radio J où il tient une chronique régulière, ou sur CNews, il est loin de porter un regard « apolitique » sur le conflit au Proche-Orient.

Ainsi, au lendemain de la décision des juges de la Cour pénale internationale (CPI) de délivrer un mandat d’arrêt international contre le premier ministre israélien, il écrit sur X : « Les accusations portées […] ne reposent sur rien, aucune preuve, si ce n’est les allégations mensongères des ONG à la solde des islamistes et des terroristes du Hamas et de l’autorité palestinienne […]. Comme autrefois devant les nazis, les nations se sont couchées devant les islamistes qui veulent détruire nos sociétés libres et démocratiques. »

Mi-septembre, alors que l’Unicef comptabilisait plus de 43 000 morts dont plus de 14 100 enfants dans la bande de Gaza, Arié Bensemhoun expliquait aussi, sur Radio J, que « les Palestiniens civils que l’on nous dit innocents ne sont pas tous innocents. Personne ne peut imaginer que les nazis aient pu faire tout ce qu’ils ont fait sans que tout ou partie du peuple ait été complice. C’est la même chose pour les Palestiniens de Gaza », affirmait celui qui, depuis un an, dénonce « les ONG vendues au Hamas ».

En France, il s’attaque aussi aux « islamistes », « extrémistes de gauche » et autres « wokistes ». « L’extrême gauche » reste en effet la cible privilégiée de l’ancien président de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) de Toulouse (Haute-Garonne), à commencer par La France insoumise (LFI) et son « obsession anti-juive » qu’Arié Bensemhoun étrille à longueur d’éditos. Il y a quelques jours, c’est Dominique de Villepin qui en faisait les frais, comme en témoigne ce texte publié sur le site d’Elnet, après des déclarations de l’ancien premier ministre.

Le 16 octobre, le patron d’Elnet-France se permettait aussi d’envoyer une lettre ouverte à la présidente de l’Assemblée nationale pour réclamer « solennellement » à Yaël Braun-Pivet de « prononcer des sanctions disciplinaires » à l’encontre du vice-président du Groupe d’amitié France-Israël, Aymeric Caron.

L’Insoumis jouerait selon lui « un rôle cynique et prépondérant dans la légitimation de la haine des Juifs dans notre pays » pour avoir relayé des vidéos « non sourcées » des massacres à Gaza ou comparé l’armée israélienne au « monstre nazi ». D’après nos informations, Yaël Braun-Pivet a opposé une fin de non-recevoir au dirigeant d’Elnet. Son entourage a toutefois refusé de nous faire lire le courrier.

Paris 18-19 mai 2025, un RV à ne pas rater

samedi 19 avril 2025

Migrations : l’Afrique en première ligne


Ilyasse Rhamir, lebrief.ma, 18/4/2025

Tantôt territoire d’émigration, tantôt terre d’accueil, l’Afrique se retrouve au cœur des dynamiques migratoires du monde arabe. Entre dépendance aux remises, mobilité intra-africaine et inégalités persistantes, les enjeux migratoires posent un défi majeur aux politiques publiques sur le continent.

L’Afrique est l’un des moteurs silencieux des flux migratoires mondiaux. Dans la région arabe, elle joue un rôle central à plusieurs niveaux, des millions d’Africains quittent leur pays pour rejoindre les États du Golfe, du Maghreb ou du Mashreq, tandis que d’autres trouvent refuge ou opportunité au sein du continent. À l’heure où les politiques migratoires peinent à suivre l’intensité des mouvements humains, le continent reste pris entre impératif de départ et nécessité d’accueil.

Le rapport 2025 sur les migrations dans le monde arabe, publié par la CESAO, rappelle à quel point la mobilité africaine est déterminante dans l’équation migratoire régionale. Ainsi, en 2024, environ 18,1 millions de migrants et réfugiés issus de pays arabes ont migré vers d’autres pays arabes, parmi lesquels une part importante vient des pays africains comme le Soudan, la Somalie, la Mauritanie ou encore le Maroc.

L’Afrique, premier partenaire migratoire du monde arabe

La relation entre le monde arabe et l’Afrique subsaharienne se matérialise par un chiffre décisif, les migrants originaires d’Afrique centrale et méridionale représentent près de la moitié des migrants vers les pays arabes en 2024. Cela en fait, devant l’Asie du Sud et l’Europe, la première région d’origine des flux migratoires vers le monde arabe.

Lire aussi : Le Maroc au cœur des routes migratoires

Ces flux sont en grande partie liés au travail. En 2022, 34,3 millions de travailleurs migrants vivaient dans les pays arabes, selon les estimations de l’Organisation internationale du travail (OIT). Si les statistiques n’indiquent pas précisément la proportion venue d’Afrique, les pays arabes les plus demandeurs de main-d’œuvre peu qualifiée, en particulier ceux du Golfe, s’appuient fortement sur une main-d’œuvre africaine, souvent vulnérable aux abus, au manque de protection sociale et aux restrictions de mobilité.

Les pays africains, champions des transferts d’argent

L’un des impacts les plus concrets et mesurables de la migration africaine reste les remises migratoires, ces transferts d’argent envoyés par les diasporas à leurs familles restées au pays. Sur ce plan, plusieurs pays africains affichent une dépendance structurelle, qui en dit long sur les déséquilibres internes de leurs économies.

Parmi les plus dépendants figurent :

• Le Comores, avec des remises représentant 21% de son PIB

• Le Yémen, également à 21%

• La Somalie, à 15%

• Le Soudan, qui reçoit plus de 50% de ses remises depuis d’autres pays arabes

Lire aussi : Migration record : un essor économique, des défis sociaux

Le graphique du rapport montre aussi que l’Afrique du Nord (notamment le Maroc, l’Égypte et la Tunisie) capte une part significative de ces flux, provenant majoritairement de pays du Golfe et d’Europe.

Mais si les montants augmentent, plus de 50 milliards de dollars d’inflows depuis le début du siècle, les coûts de transfert restent élevés. En 2024, envoyer de l’argent dans la région arabe coûtait en moyenne 6,07% du montant transféré, soit le double de l’objectif fixé par les Objectifs de développement durable (3%). Ce surcoût pèse lourd sur les foyers dépendant de ces fonds, et réduit leur potentiel de développement.

Failles des politiques migratoires africaines

Le rapport pointe un manque de structuration des politiques migratoires dans plusieurs pays africains de la région arabe (comme la Mauritanie, la Libye, le Soudan ou la Somalie). Très peu disposent d’une stratégie nationale de migration ou d’une intégration cohérente des questions migratoires dans leurs plans de développement.

Les lacunes sont nombreuses :

• 14 pays arabes excluent les travailleuses domestiques (dont beaucoup sont africaines) de leur législation du travail.

Lire aussi : Migration : le Maroc, point de départ… et de chute ! (Rapport)

• Seuls 5 pays interdisent la discrimination basée sur la nationalité.

• Très peu de législations garantissent l’accès à l’éducation ou à la santé pour les migrants, qu’ils soient africains ou non.

Sur le plan de la protection sociale, les migrants africains sont souvent exclus des systèmes de pensions, d’assurance chômage ou de soins médicaux. Une inégalité qui renforce leur précarité et alimente les tensions sociales.

Une jeunesse en quête de mobilité

Autre donnée révélatrice, en 2022, plus de 650.000 étudiants issus de pays arabes ont quitté leur pays pour faire des études à l’étranger. Une proportion importante vient de pays africains comme l’Égypte, le Maroc ou le Soudan. Cette fuite des cerveaux traduit à la fois une volonté d’émancipation individuelle et un désaveu des systèmes éducatifs et économiques locaux.

Lire aussi : Autopsie d’une déferlante préméditée

Le rapport alerte sur la nécessité pour les pays africains de réformer en profondeur leurs systèmes éducatifs et de les arrimer aux exigences du marché du travail de demain. À défaut, la pression migratoire, notamment celle des jeunes peu ou moyennement qualifiés, ne fera que s’intensifier.

L’Afrique face à ses responsabilités migratoires

L’Afrique ne peut plus se contenter d’être un fournisseur de main-d’œuvre ou un réceptacle de crises. Elle doit devenir un acteur stratégique de la gouvernance migratoire régionale. Cela passe par plusieurs leviers :

• La reconnaissance des droits fondamentaux des migrants, quelle que soit leur origine.

• La réduction des coûts de transfert d’argent, afin de maximiser leur impact.

• Le développement de politiques migratoires inclusives, capables d’anticiper les besoins en compétences et de faciliter la mobilité intra-africaine.

Lire aussi : L’Europe face à la montée des refoulements de migrants

L’avenir du continent dépendra aussi de sa capacité à convertir sa jeunesse mobile en moteur de croissance, plutôt qu’en symbole d’exode.

Le rapport 2025 met en lumière une réalité longtemps ignorée, l’Afrique est au cœur des dynamiques migratoires du monde arabe. Par ses migrants, ses travailleurs, ses réfugiés, ses étudiants et ses diasporas, elle irrigue les économies et les sociétés de la région.

Mais sans un effort coordonné, structuré et volontariste, ces flux continueront de nourrir plus de déséquilibres que d’opportunités. Il revient aux pays africains de reprendre la main sur leurs trajectoires migratoires, pour que celles-ci cessent d’être subies et deviennent des instruments de souveraineté, de développement et d’espoir.


vendredi 18 avril 2025

Adieu Professeure


Sabrina El Faiz, lebrief.ma, 18/4/2025

Leçon du jour : on applaudit à chaque buzz tech, on s’évanouit devant les drones, on prêche sous le hashtag #IA comme si l’avenir de l’humanité se jouait ici même… Et pendant ce temps, Hajar, professeure de français passionnée, s’est fait poignarder par l’un de ses élèves. Enterrée le jour de ses 30 ans. Oui, vous avez bien lu, 30 ans. Ce devait être son anniversaire, une célébration bien dramatique pour sa famille.


Hajar El Ayader, enseignante à l’Institut de Formation Professionnelle d’Erfoud, est morte dimanche dernier au CHU de Fès des suites d'une agression à la hachette (chaquour) par un stagiaire de 21 ans 

Alors, dites-moi, comment pouvons-nous faire semblant d’ignorer ça ? Comment pouvons-nous poursuivre la conversation sur les dernières innovations numériques quand une femme, une vie, un rêve, a été fauché pour une « simple remarque disciplinaire » ? Et si c’était arrivé en France ? D’ailleurs C’EST arrivé en France ! Tout le monde s’est levé, des politiques aux plateaux télé, la nation a tonné et s’est offert des minutes d’hommages pour cet homme. Mais Hajar… « Une femme ordinaire », alors on a tourné la page, on a scrollé.

Théophile Gautier disait que l’oubli est une seconde mort. Ironique, non, pour une professeure de français dont le propre nom est déjà en train de glisser dans l’oubli. Quelques articles par-ci par-là, quelques posts partagés dans la foulée, et basta. On passe à autre chose, la tech, les investissements numériques, les rêves de start‑up et on en passe !

Alors, on s’interroge. Est-ce normal de dire Adieu à celle qui n’avait pour objectif que d’éduquer nos enfants ? Les élever à un meilleur niveau ? Leur faire voir le monde autrement ? Mais qu’est-ce qui cloche quand l’indignation est sélective !? Comment peut-on tolérer que la violence contre les femmes soit reléguée au rang de faits divers, pendant qu’on s’extasie sur une dizaine de lignes de code ?

Non, ce n’est pas un fait divers, c’est un coup de HONTE porté à toute notre société. Et pendant que la machine médiatique vire à l’overdose numérique, Hajar, elle, repose six pieds sous terre. Sans une vraie minute de silence, sans une vraie réflexion sur la place des femmes dans nos classes.

Vous allez sans doute vous demander ce que vous pouvez faire ? Rien ? Bien sûr que si, à nous les partages, les indignations, mettons les réseaux sociaux au service de notre société afin que le nom de Hajar soit placardé dans toutes les mémoires, et ce, jusqu’à ce que les responsables prennent enfin la violence scolaire au sérieux !

Pour Hajar et pour toutes celles qu’on enterre en silence.

jeudi 17 avril 2025

Fanon façon Barny : tout faux

Fausto Giudice, BastaYeki !, 17 avril 2025

Samedi 12 avril 2025, Jean-Claude Barny a réalisé une sacrée performance à Tunis et sa banlieue. Son film était projeté à 18h au cinéma Le Rio, à 19h à l’IFT (Institut français de Tunisie) et à 21h à L’Agora de La Marsa. Il était présent à l’issue de chaque projection, en compagnie de trois de ses acteurs : Alexandre Bouyer – l’incarnation de Frantz Fanon himself -, qui a raconté que durant le tournage, il a perdu 10 kilos, et deux jeunes acteurs tunisiens, Sfaya Mbarki, jouant le rôle de Farida, une militante du FLN très peu crédible (voir plus bas), et un jeune garçon dont je n’ai pas capté le nom.


C’est que le film de Barny, Fanon, censé se passer en bonne partie à Blida en Algérie, a été tourné en Tunisie avec une majorité d’acteurs et de figurants tunisiens, dans des décors naturels tunisiens, ce qui suscite la première gêne chez le spectateur quelque peu averti.

Tout le monde n’est pas Spike Lee et ne peut pas trouver 34 millions de dollars pour faire jouer à Denzel Washington le rôle de Malcolm X.
Tout le monde n’est pas Abdenour Zahzah pour être capable de réaliser avec seulement 500 000 € un film de fiction impeccable et véridique, car étayé, documenté et réfléchi pendant une vingtaine d’années.
En tout cas, Monsieur Barny, c’est clair, n’est ni Spike Lee ni Abdenour Zahzah.

Et il n’a pu ramasser que 4 millions d’Euros pour réaliser son inepte biopic. Heureusement, des personnes qui lui voulaient du bien lui avaient refilé une première version du scénario d’Abdenour, dans lequel il a pompé allègrement pour concocter sa chorba. Mais ça n’a pas suffi à rendre son film digne, ne serait-ce que du Festival de Montpellier.

Monsieur Barny, quand donc allez-vous vous vous décider à arracher votre masque noir et nous montrer votre peau blanche ? Blanche comme le linceul dans lequel vous avez enveloppé Frantz, après l’avoir assassiné.
Une fois poussé mon cri du cœur et du cerveau, je vais tenter de l’expliquer ci-dessous, en détail.

Remarques générales

Il est clair d’emblée que Barny a vu Le Vent des Aurès de Lakhdar-Hamina (1967), le premier long métrage de l’Algérie indépendante, mais qu’il n’a ni la formation ni le talent pour lui arriver ne serait-ce qu’à la cheville. Au départ, Barny avait un projet mégalomane de raconter les 36 ans de vie de Frantz Fanon, de Fort-de-France à la Dominique, au Maroc, à Lyon et Saint-Alban, à Blida, Tunis, Accra, Bamako etc. Devant l’ampleur du projet, il se rabat sur les 8 dernières années de la vie du héros, choisissant de ne mettre en scène que Blida et Tunis. À partir de là, il a pratiquement tout faux, nous offrant une vision totalement faussée des divers événements qu’il cherche à raconter.

Ses acteurs, mal dirigés, ne savent pas sur quel pied danser et semblent hésiter à chaque scène. Le commissaire de police qui craque après s’être retrouvé dans le rôle de tortionnaire devient dans le film un sergent névrotique de l’armée, Josie, la femme militante de Frantz, devient une épouse d’une platitude consternante jouée par la pauvre actrice belge Déborah François, qui a l’air de se demander ce qu’elle fout là et semble regretter les frères Dardenne. Le seul Belge qui s’en sort est Olivier Gourmet, devenu le grand spécialiste des rôles secondaires de méchant sournois.

Détails incongrus

Venons-en maintenant aux quelques plus gros ratés du récit.

Frantz Fanon avait deux types d’écriture, l’une professionnelle, l’autre politique.
La première était constituée de notes cliniques quotidiennes, manuscrites, et consignées dans les archives de l’hôpital de Blida, où Abdenour Zahzah et Bachir Ridouh les ont consultées pour leur premier film de 2002, Franz Fanon, mémoire d’asile et dans lesquelles Zahzah a puisé pour son deuxième film de 2024, Chroniques fidèles survenues au siècle dernier à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville, au temps où Docteur Frantz Fanon était Chef de la cinquième division entre l’an 1953 et 1956.

La seconde était constituée par ses textes politiques. Il n’a jamais dicté un seul texte à sa femme Josie, contrairement à ce que Barny met en scène. Ses textes politiques, il les parlait (Sartre : « Fanon parle à haute voix »), marchant de long en large, et Marie-Jeanne Manuellan, assistante sociale mutée au Centre neuropsychiatrique de jour de l’hôpital Charles-Nicolle de Tunis dirigé par Fanon, les tapait sur une machine achetée pour l’occasion rue de Marseille, quand elle ne prenait pas en note tout ce qui se disait dans les consultations. Elle aura tapé les deux derniers livres de Fanon, L’An V de la Révolution algérienne et Les Damnés de la terre [écouter l’ entretien avec Marie-Jeanne Manuellan et voir son livre Sous la dictée de Fanon, Éditions de l’Amourier, 2017].

L’accent lyonnais/vénissian de Mehdi Senoussi, qui joue Hocine, le principal infirmier travaillant avec Fanon, est lui aussi fort mal venu.

Et que dire de Farida, la jeune militante du FLN interprétée par Sfaya Mbarki, qui se balade dans les rues d’une ville algérienne habillée d’un pantalon fuseau et portant négligemment un hijab décontracté, ce qui lui donne l’air d’une Iranienne ou d’une Afghane émancipée du XXIème siècle, mais en tout cas pas celui d’une jeune combattante clandestine dans l’Algérie des années 1950. Quiconque a une idée minimale de la société algérienne de cette époque, ne serait-ce que pour avoir vu le film La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, sait que « Farida » se serait déplacée soit vêtue d’un haïk (équivalent algérien du safsari tunisien) soit déguisée en petite pied-noire proprette, en jupe plissée ou tailleur.

La palme du grotesque revient à Salem Kali, lui aussi très mal venu -avec son passé de champion de kung fu et de protagoniste de film de zombies – pour incarner Abane Ramdane, parlant un arabe de karakouz [1] : le summum est atteint dans la scène où il fait un discours aux allures de prêche à des paysans réunis dans une étable. Le public tunisien n’a pas pu se retenir de rigoler lorsqu’il prononce, la bouche en cul-de-poule sous sa moustache : « Di-mou-kra-tttiiyaa ». Abane Ramdane était un Kabyle trilingue ayant reçu une éducation française et un modèle d’intellectuel organique, réalisant l’alchimie de la constitution du mouvement national de libération. Il pensait certes, avec Mao, que « le pouvoir est au bout du fusil », mais, toujours avec Mao, que « le parti commande aux fusils et il ne faut jamais permettre que les fusils commandent au parti ». Ce fut ce qui signa son arrêt de mort. Il fut étranglé sur ordre des 3 B (Belkacem, Boussouf, Bentobbal] et avec l’assentiment des trois autres B [Ben Bella, Boumediène, Bouteflika), dans une ferme entre Tétouan et Tanger où on lui avait tenu un traquenard, et non pas, comme le filme Barny, dans une villa de Tunis.

Et pour finir, la dernière scène, celle de l’enterrement. Fanon n’a pas été enterré par quelques fellahs en gandoura dans une plaine et dans un linceul, mais dans un cercueil à Aïn Kerma, en territoire algérien, par un détachement de l’Armée de Libération Nationale qui lui a rendu les honneurs militaires. Ces faits documentés – par exemple dans l’excellent documentaire d’Hassane Mezine, Fanon hier, aujourd’hui (2018) - ont été ignorés par Si Barny.

Pour conclure, Madame la France a trouvé dans le bioupik barnyen une occasion très bon marché -ça ne mange pas de pain - de se redorer le blason auprès de ses encore-colonisés de tous les continents. Mais pas auprès des décolonisés, dont votre serviteur pense faire partie. À bon entendeur salut. Quant aux autistes et autres narcissiques konparézon*, qu’ils continuent à contempler leur nombril.

➤Visitez et rejoignez la page du groupe Frantz Fanon 100 ans


Notes

1 - Karakouz : terme tunisien désignant le théâtre d'ombres d'ombres d'origine ottomane, dérivé du turc Karagöz (oeil noir), nom du personnage plébéien et lourdaud, devenu en Grèce Karagiorgios. Karakouz en tunisien désigne généralement le cirque politicard.

*Par un hasard qui n’a rien de curieux, le film a eu son avant-première au Festival de Marrakech, au Maroc, un royaume dont tout le monde sait, au moins depuis la disparition forcée de Mehdi Ben Barka, qu’il est un bastion avancé des luttes de libération des peuples opprimés.

**Konparézon : prétentieux en kréyòl gwadloupèyen (créole guadeloupéen)



mercredi 16 avril 2025

Farouk Mehdaoui poursuivi en justice pour avoir dénoncé des irrégularités à la commune de Rabat

Marouane Tabet, H24 Info, 15/4/2025

Rabat : deux plaintes contre Farouk Mehdaoui après ses accusations de dysfonctionnements dans les concours de la commune
Le Conseiller communal de la Fédération de la gauche démocratique (FGD) à Rabat, Farouk Mehdaoui © DR

La police de Rabat a auditionné, hier lundi 14 avril, le conseiller communal Farouk Mehdaoui, qui fait l’objet de deux plaintes. Cette audition qui a duré près de six heures, selon l’élu de la Fédération de la gauche démocratique (FGD), intervient à la suite de deux plaintes déposées à son encontre.

La première a été déposée par le directeur des services de la commune en tant que président de la Commission des examens de promotion professionnelle et la seconde a été initiée par la commune, représentée par la maire Fatiha El Moudni.

Les plaintes accusent Farouk Mehdaoui de «diffamation» et de «dénonciation calomnieuse», en lien avec une intervention remarquée lors de la session extraordinaire du Conseil communal, tenue le 12 décembre 2024.

Durant cette intervention, largement relayée sur les réseaux sociaux, l’élu avait affirmé que l’organisation des examens de promotion professionnelle avait été entachée de nombreuses irrégularités d’ordre juridique, procédural et éthique, appelant à l’ouverture d’une enquête indépendante.

Dans une publication sur sa page personnelle, Mehdaoui a dénoncé une tentative d’intimidation. «Plutôt que d’ouvrir une enquête transparente et impartiale menée par une instance indépendante, on m’assigne en justice avec des accusations infondées», s’est-il insurgé.

«Cela révèle un manque de culture du débat politique chez nos adversaires et démontre que la démocratie locale est en grave danger», a-t-il poursuivi.

Mehdaoui, ancien militant du Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste, devenu la FGD après la fusion avec le Congrès national Ettihadi, a également annoncé qu’il serait convoqué de nouveau ce vendredi pour un autre interrogatoire, dans le cadre de deux nouvelles plaintes dont il ignore encore l’origine.

«J’ai dit et je le répète: les prisons nous sont destinées, les cordes de la pendaison sont dressées pour nous, mais notre chemin vers la liberté continue avec détermination», a déclaré l’avocat stagiaire avant de conclure: «Même si vous tentez de faire taire cette génération, vous ne pourrez pas faire taire toutes les générations futures. Ce que nous avons entamé jusqu’ici n’est qu’un début. Notre combat pour la justice, la loi et un Maroc pour tous ne fait que commencer».

Farouk Mehdaoui s’est également illustré récemment par ses actions en faveur des habitants du quartier L’Océan à Rabat, victimes d’opérations d’expulsion qu’il a qualifiées d’illégales. Il a saisi le Médiateur du Royaume, affirmant que ces habitants subissent «les formes les plus abusives d’arbitraire et d’exploitation de la part des autorités locales, en dehors de tout cadre légal ou légitime».

mardi 15 avril 2025

55 % des Marocains ne reconnaissent pas la liberté corporelle des femmes dans l’espace public

Femmes du Maroc, 15/4/2025

Une récente étude intitulée « Femmes, espace public et libertés individuelles », menée par l’équipe scientifique de l’organisation Menassat pour les recherches et les études sociales, montre que plus de la moitié des Marocains s’opposent à ce que les femmes exercent leur liberté corporelle en dehors de la sphère privée. Détails.

Réalisée auprès d’un échantillon de 1.528 personnes réparties sur les 12 régions du Royaume, l’étude « Femmes, espace public et libertés individuelles » révèle que 75 % des Marocains interrogés considèrent que les femmes ont le droit d’accéder à tous les lieux publics – cafés, théâtres, hôtels, jardins ou cinémas. Un chiffre en progression, mais qui reste nuancé par les 21 % de répondants s’y opposant encore.

L’analyse montre que cette adhésion varie selon l’âge, le sexe, le niveau d’instruction et la situation matrimoniale. Les jeunes de 18 à 34 ans sont les plus favorables (80 %), tout comme les femmes (83,7 % contre 66,4 % des hommes), les célibataires et les personnes ayant fait des études supérieures (87 %).

Si 67 % des sondés reconnaissent aux femmes la liberté de disposer de leur corps dans la sphère privée, ils sont plus de 55 % à s’opposer à cette même liberté lorsqu’elle s’exerce dans l’espace public. Seuls 33 % des urbains, 26 % des périurbains et 19,8 % des ruraux l’acceptent. Là encore, les jeunes générations sont plus ouvertes : 10,7 % des 25-34 ans soutiennent fermement cette liberté dans le privé, contre 0,5 % chez les 65 ans et plus.


Le harcèlement, une réalité largement reconnue

Plus de 82 % des femmes interrogées affirment être les principales victimes de harcèlement dans l’espace public. Un constat partagé par 81 % des hommes, ce qui témoigne d’une prise de conscience collective. Pourtant, seuls 7,8 % des hommes et 5 % des femmes estiment que les lois actuelles protégeant les femmes sont réellement appliquées.

L’étude révèle que 66,8 % des Marocains défendent le port du voile dans l’espace public en tant qu’acte religieux et moral. En parallèle, 71,7 % affirment que les libertés individuelles relèvent d’un choix personnel, ce qui montre la coexistence de référentiels parfois contradictoires.

Lorsqu’il s’agit d’articuler religion et droits humains, 45 % des répondants optent pour une position médiane, estimant que l’amélioration de la condition féminine passe par une combinaison entre les principes de la charia et ceux des droits humains. En revanche, 33,2 % privilégient uniquement la charia, et 15 % uniquement les droits humains.

Aussi, l’étude pointe une méconnaissance marquée des textes législatifs encadrant les libertés des femmes. Seuls 5,1 % des sondés disent bien connaître l’article 24 de la Constitution, qui garantit la liberté de circulation. Par ailleurs, 86 % ignorent l’existence de l’article 503-1-1 du Code pénal qui criminalise le harcèlement sexuel – un taux qui atteint 95 % chez les femmes.

Une fois ce texte présenté, 73 % des sondés se disent favorables à son contenu, illustrant l’importance de l’information juridique dans l’évolution des perceptions.

Moudawana, des attentes partagées

La moitié des personnes interrogées (50,3 %) déclarent souhaiter une réforme du Code de la famille. Parmi elles, 40,3 % demandent une égalité totale entre hommes et femmes, 36,5 % souhaitent accorder davantage de droits aux femmes, tandis que 22,2 % estiment que les hommes doivent obtenir plus de droits.

Enfin, seuls 7 % des participants, hommes et femmes confondus, déclarent être impliqués dans des associations de défense des droits des femmes. Une donnée qui souligne la nécessité d’une plus grande mobilisation sur le terrain pour accompagner les transformations sociales et juridiques.

lundi 14 avril 2025

HAARETZ
Cessez le feu ; libérez les otages ; établissez un État palestinien : il n’y a pas d’autre solution

Haaretz, éditorial, 14/4/2025
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Mercredi, l’armée israélienne a bombardé un immeuble d’appartements dans le quartier de Shujaiya’h, à Gaza. La cible de l’attaque était Haytham Sheikh Khalil, que les Forces de défense israéliennes ont identifié comme étant le commandant du bataillon local du Hamas.

Anne Derenne
Avec lui, 35 autres personnes ont été tuées lors de l’attaque. Selon les rapports, la plupart d’entre elles étaient des femmes et des enfants. Ce n’est pas le seul cas où l’armée de l’air israélienne a tué des dizaines de civils pour éliminer une seule personne. En fait, de tels incidents se sont produits presque quotidiennement depuis la reprise des combats le 18 mars.

Dans la guerre actuelle, le principe de proportionnalité a été mis de côté. Tuer des dizaines de civils pour assassiner un commandant subalterne du Hamas n’est pas considéré comme inhabituel, même s’il s’agit très probablement d’un crime de guerre.

D’autres valeurs et principes ont été abandonnés en même temps que la proportionnalité : la pureté des armes, le respect du droit international, la prise en compte des souffrances des civils innocents et de ce qui se passe après la fin de la guerre.

Depuis qu’Israël a repris les combats, plus de 1 500 personnes ont été tuées dans la bande de Gaza, dont au moins 500 enfants. Parmi les morts, on compte 15 secouristes que les soldats de l’armée israélienne ont abattus à bout portant et enterrés dans une fosse commune.

Dimanche matin, l’armée israélienne a frappé un bâtiment du complexe hospitalier Al-Ahli à Gaza, détruisant le bloc opératoire et l’installation de production d’oxygène pour les unités de soins intensifs.

Tout cela s’inscrit dans le cadre d’une politique explicite visant à affamer les habitants de Gaza. Depuis six semaines, la bande de Gaza est complètement fermée à toutes les livraisons de nourriture et d’aide. Les rapports faisant état de malnutrition, de famine et de propagation de maladies se multiplient, tandis que les FDI continuent de pousser les citoyens meurtris et affamés à se déplacer d’un endroit à l’autre.

Cette politique brutale envers la population civile a terni à jamais la réputation d’Israël, et nous en paierons le prix fort : boycotts ouverts et secrets, dommages économiques et érosion de la légitimité internationale et des fondements moraux et humanitaires de la société israélienne.

Samedi, alors que les Israéliens se rassemblaient pour le seder de Pessah, le Hamas a publié une vidéo rappelant que le prix des combats en cours n’est pas seulement payé par les habitants de Gaza. Dans cette vidéo, le soldat israélo-usaméricain Edan Alexander, captif, implore qu’on lui laisse la vie sauve et demande la fin des combats.

Le président français Emmanuel Macron a déclaré l’évidence la semaine dernière : « La seule voie possible est politique », et a déclaré son soutien à la création d’un État palestinien. Cette déclaration a suscité une crise de colère embarrassante et des obscénités sur les réseaux sociaux de la part du fils du Premier ministre Benjamin Netanyahou, Yair.

Mais Macron a raison, et c’est maintenant que la vérité doit être dite : le seul moyen pour Israël de survivre en tant que démocratie [hmm…, NdT] et non en tant qu’État paria est un cessez-le-feu immédiat, un accord de libération des otages et des négociations diplomatiques qui aboutiront à la création d’un État palestinien. Il n’y a pas d’autre solution.

dimanche 13 avril 2025

Si Rtayou en goguette au Maroc

 Ayman El Hakim, 13/4/2025

Bruno Retailleau, alias BB, est un vrai dur de dur, un Croisé pur sang, qui a de qui tenir. Son grand-père puis son père ont été les maires de Puy-de-Fou, haut lieu e la chrétienté vendéenne, où il a fait ses débuts comme cavalier à 17 ans, dans le spectacle son et lumière organisé par Philippe de Villiers, qui lui en a confié l'organisation pendant 25 ans. 
Il est passé par presque tous les avatars de la droite française, en commençant chez de Villiers et son Mouvement pour la France, et en continuant à l'UMP, devenue Les Républicains, avec Sarkozy puis Fillon. Il se verrait bien en président de Madame la France. En attendant, il est son Premier Flic, cherchant à appliquer en gros le "programme" du Rassemblement National. Et c'est à ce titre qu'il se rend ce week-end dans la royaume du soleil couchant pour régler quelques problèmes d'intendance. 

Ah, ces Arabes, ils nous emmerdent 

Son patron, Manu Ier, l'ayant mis sur la touche dans la gestion des relations avec l'Algérie -il n'en a pas raté une, déclarant pratiquement la guerre à Alger -, il se rabat donc sur le voisin de l'ouest, avec lequel les relations sont certes au beau fixe, mais posent quelques problèmes. Encore une fois, c'est la question de ces foutues OQTF, les obligations de quitter le territoire français visant les étrangers s'étant vus refuser le séjour ou l'asile ou ayant purgé une peine de prison assortie d'une expulsion. 

Tous les pays dont des ressortissants sont frappés d'OQTF, traînent des pieds pour remettre des laisser-passer consulaires aux personnes concernées, qui ne disposent en général pas d'un passeport valable pour pouvoir être mis dans l'avion. Le concurrent de Rtayou pour la tête des Républicains, Lolo Wauquiez, avait eu une idée géniale : pourquoi pas déporter les OQTFisés inexpulsables à...Saint-Pierre et Miquelon ? Le Danemark envoie bien les demandeurs d'asile en attente de réponse du paradis viking au...Rwanda. 

Rtayou est plus réaliste : ça fait des mois qu'il menace le Maroc. En 2023, les Marocains représentaient près de 22 % (29.000) des individus frappés d’OQTF. Ils tenaient la deuxième place après l’Algérie, dont les ressortissants représentaient 44 % des OQTF (58.700), et devant la Tunisie, avec près de 20 % (26.000). Durant la même année, le royaume du soleil couchant n’avait délivré à la France que 725 laissez-passer consulaires alors même que Madame la France avait accordé 238.000 visas à des Marocains. En octobre 2024, lors de la visite d'État macronienne, Rtayou avait annoncé que le problème avait été réglé. Apparemment, il ne l'est pas tout à fait. D'où la “visite officielle de travail” de Rtayou au Makhzen. Peut-être ce dernier sera-t-il en mesure de l'amadouer avec un petit cadeau du genre un ryad à Marrakech, une villa à Tanger ou au moins une petite suite à La Gazelle d'Or de Taroudant ?


samedi 12 avril 2025

“La nuit nous emportera”, de Mahi Binebine : une ode lumineuse à l’amour maternel

 Yasmine Youssi, Telerama, 9/4/2025

Les bonheurs de l’enfance dans les ruelles du Marrakech des années 1960-1970, les combats d’une “mère courage” abandonnée par son mari… un récit intense, tendre, teinté d’humour, par le grand romancier marocain Mahi Binebine.

Des plus grands auteurs du royaume, le Maroc, invité d’honneur du Festival du livre de Paris, a étrangement oublié d’inclure dans sa délégation l’un de ses meilleurs écrivains : Mahi Binebine (qui signera néanmoins son livre sur le stand de son éditeur français, Robert Laffont, le dimanche 13 avril, de 10 heures à 12 heures*). Oubli d’autant plus regrettable que ce dernier atteint la quintessence de son art avec ce nouveau roman. L’histoire qu’il y déroule, avec un extraordinaire talent de conteur, ressemble à s’y méprendre à la sienne — lui dont le père était le bouffon de Hassan II et le frère, ancien militaire, emprisonné au bagne de Tazmamart [pendant 18 ans, NdE SOLIDMAR] pour avoir participé à la tentative de coup d’État contre le souverain, le 10 juillet 1971. Mais il est moins question de ces deux-là, ici, que de sa mère, Mamaya, dont il dresse un portrait d’une délicatesse à pleurer. Celui d’une femme qui fait face, autant qu’elle peut, pour maintenir les siens à flot, alors que son mari l’a abandonnée en lui laissant la charge de ses cinq enfants.

Sans mièvrerie aucune, d’une écriture classique mâtinée de réalisme poétique et de cet humour typique de Marrakech qui s’amuse à tout tourner en dérision, Binebine livre des pages magnifiques sur la beauté d’une mère, l’amour maternel, la douceur de l’enfance. Et tous ses bonheurs simples, qu’il s’agisse de l’affection d’un chien au « pelage truité d’un roux sale » ou des jeux dans un ruisseau « dont les rives tenaient leur verdeur du souvenir de l’eau qui les avait jadis bordées ». Ce faisant, l’auteur nous tient en haleine, cette quiétude, on le sent, volera bientôt en éclats, le drame, en embuscade, attend son heure. Elle sonne lorsque la grande histoire s’en vient percuter le récit, laissant Mamaya exsangue, à bout de souffle. Ce dont son cadet ne se remettra jamais, lui qui dit écrire « pour habiller de feu les ombres du passé, leur insuffler une voix et les écouter chanter ».
*Une autre occasion de rencontrer Mahi Binebine à Paris : le 15 avril à 19h à l'Institut du Monde Arabe, Rencontre modérée par Zineb Soulaimani. Entrée libre dans la limite des places disponibles. Itinéraire [NdE SOLIDMAR]


vendredi 11 avril 2025

Cyberguerre des sables, Épisode 2

Guerre numérique Maroc–Algérie : un nouvel acte de représailles cybernétiques ravive la tension

actumaroc, 11/4/2025

Un nouvel épisode tendu s’ajoute à la confrontation numérique croissante entre le Maroc et l’Algérie, marquant une escalade sans précédent dans une guerre de l’ombre où les attaques ne se comptent plus. Après la fuite massive de données touchant la CNSS et le ministère de l’Emploi marocain, attribuée à un hacker se revendiquant algérien, un collectif de pirates informatiques marocains est passé à l’action dans la nuit du 9 au 10 avril.


Le site officiel de la Mutuelle Générale de la Poste et des Télécommunications (MGPTT) en Algérie a été infiltré et paralysé, et plus de 13 Go de données sensibles ont été exfiltrées et publiées. Le groupe, qui signe sous les noms de “Phantom Atlas”, “Phantom Morocco” et “Moroccan Cyber Forces”, a revendiqué cette attaque comme une riposte directe au piratage subi par les institutions marocaines.

Une démonstration de force technologique et politique

Dans un message multilingue diffusé sur Telegram, les hackers marocains justifient leur action comme étant “calculée, ciblée et disproportionnée”, avertissant que toute provocation future entraînera une réponse encore plus sévère. Le message contient également des affirmations à portée géopolitique, notamment sur le Sahara marocain, qualifié de “non-négociable”, soulignant que cette opération est autant un acte politique qu’une démonstration technologique.

Le groupe affirme également avoir accédé à des fichiers internes du ministère algérien du Travail, pointant la fragilité des systèmes numériques de l’État algérien. Cette opération, menée en moins de 24 heures, aurait été rendue possible par l’exploitation de failles basiques et d’identifiants facilement accessibles, selon des experts.

Des failles systémiques exploitées

L’expert en cybersécurité Saxx, reconnu pour son suivi des affrontements numériques régionaux, a confirmé la gravité de la brèche :

    « Il devient courant de voir les identifiants de connexion de salariés circuler sur le darknet, et c’est ce type de négligence qui alimente ce genre d’opérations. »

Il pointe du doigt des lacunes structurelles graves dans les systèmes d’information en Algérie, rejoignant les accusations des pirates eux-mêmes dans leur manifeste évoquant la « mauvaise gestion chronique » au sein des institutions ciblées.

Silence des autorités, agitation dans l’ombre

Malgré l’ampleur de cette attaque, aucune réaction officielle n’a encore été enregistrée du côté algérien ou marocain. La seule voix qui s’est exprimée est celle du président de la CNDP (Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel) au Maroc. La DGSII, relevant de l’Administration de la Défense, reste jusqu’ici muette, laissant le champ libre à des acteurs numériques non étatiques de plus en plus actifs et politisés.

Ce mutisme institutionnel, face à des actions de plus en plus spectaculaires, illustre une perte de contrôle progressive sur la guerre numérique en cours, où la frontière entre cyberactivisme, représailles et cyberguerre devient floue.

Plus qu’un simple piratage, cette attaque illustre un bras de fer numérique géopolitique, où l’honneur national, la souveraineté et les données sensibles deviennent les nouveaux terrains de bataille.

jeudi 10 avril 2025

La CNSS ciblée par des hackers algériens : Une cyberattaque d’ampleur et des failles…

Ahmed Zoubaïr, Le Canard Libéré, 9/4/2025


Deux cyberattaques, revendiquées par un groupe de hackers algériens baptisé JabaRoot, ont ciblé, mardi 8 avril, deux institutions nationales : le site internet du ministère de l’Emploi et le système d’information de la Caisse nationale de la sécurité sociale (CNSS).

Si le ministre de l’Emploi a confirmé que le site de son département a fait l’objet d’un acte malveillant, il en a minimisé l’importance, arguant que toutes les données du portail étaient à caractère public, donc « librement accessibles ». Or, tel n’est pas le cas pour la CNSS dont l’attaque a débouché sur le piratage et la diffusion de milliers de fichiers confidentiels de la base de données de la Caisse. Les données hackées sont sensibles, comportant entre autres, les coordonnées et les déclarations de salaires des dirigeants et employés de plusieurs entreprises et groupes à caractère stratégique dont la holding royale Siger, le Crédit agricole du Maroc, el Fonds Mohammed VI pour l’investissement, Crédit du Maroc et même le Bureau de liaison d’Israël à Rabat.

Au total, ce sont les données de près de 500.000 entreprises, concernant environ 2 millions de d’affiliés, qui ont été divulguées. Mises sur la place publique. Téléchargées depuis le darkweb [ouèbe caché ou clandestin] et partagées par les internautes, les documents  PDF de la CNSS circulent à grande échelle, suscitant une curiosité malsaine dans tous les milieux, y compris au sein des entreprises dont les cadres découvrent, parfois dans la frustration, le traitement de leurs collègues et patrons… Ambiance. Une bombe. Scandale… 

De prime abord, cette fuite massive met en lumière la vulnérabilité du très onéreux système d’information de l’entreprise et interpelle sur sa capacité réelle à garantir la protection des données sensibles de ses clients. Ce qui interroge en même temps la fiabilité des procédures informatiques mises en place. Dans son communiqué, la CNSS indique que “le protocole de sécurité informatique a été actionné avec des mesures correctives qui ont permis de contenir le chemin utilisé et de renforcer les infrastructures”.

Ce qui n’a pas empêché curieusement les  hackers de voler toute la base de données de l’établissement. Ce qui est certain c’est que l’information numérique est vulnérable surtout lorsqu’elle est échangée. C’est pour cela qu’une institution de rang systémique de l’importance de la CNSS était censée investir sérieusement dans un système de sécurité fiable et solide régulièrement audité et validé par des certifications numériques et cyber sécurité reconnues, un système qui permet le cloisonnement des prestations et des régimes, la sanctuarisation des données sensibles et de la plus haute importance, la traçabilité des actions entreprises. C’est à ce prix qu’on obtient la dissuasion des pirates comme JabaRoot et non pas en recourant à des prestataires externes sans garantie de pouvoir repousser les intrusions malveillantes. Les conséquences de cette opération catastrophique, qui a sonné plus d’un, sont incalculables. Elles sont ravageuses pour le secret professionnel et la concurrence sectorielle et inter entreprises. Tout le monde connaît désormais les revenus de tout le monde, ce qui est susceptible d’être utilisé à mauvais escient… Et puis, le ressentiment social, déjà vivace, risque certainement de décupler lorsque le citoyen lambda, aux prises avec la vie chère, prend connaissance des salaires astronomiques de certains patrons.

Politiquement et socialement délicat. En un mot, c’est le genre de piratage qui, en rencontrant des faiblesses informatiques, fait peser une menace sérieuse sur la sécurité nationale. «Cette fuite est une réponse aux actions hostiles des hackers marocains qui ont volé le compte X/Twitter d'Algérie Presse Service (APS) après qu’il a été banni par X/Twitter», auraient justifié les hackers sur leur chaîne Telegram. Le problème n’est pas la perversité ni la malveillance des pirates algériens qu’ils sévissent depuis l’Algérie ou d’autres pays. Il réside principalement dans la mauvaise gouvernance et l’absence de contrôle d’organismes à caractère sensible et stratégique. A travers, le piratage qui a ciblé la CNSS, le Maroc vient de subir la première cyberguerre de son histoire. Une alerte qui doit pousser les dirigeants à prendre la menace cybernétique au sérieux et se donner les moyens pour la contrecarrer.

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Les explications de la CNSS 

Dans son communiqué, la CNSS opte pour la stratégie du déni et menace ceux qui téléchargent et partagent les données  confidentielles fuitées de poursuites judiciaires.

“Les premières vérifications réalisées par les services de la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale (CNSS) concernant certains documents fuités, attribués à une attaque cybernétique et partagés sur des plateformes de réseaux sociaux, ont permis de relever leur caractère souvent faux, inexact ou tronqué, a affirmé, mercredi, la CNSS. Dans un communiqué, la Caisse a indiqué que son système informatique a fait l’objet d’une série d’attaques cybernétiques visant à contourner les dispositifs de sécurité, relevant que ces attaques ont causé une fuite de données dont les origines et les contours sont en cours d’évaluation. Dès l’observation de la fuite des données, poursuit la même source, le protocole de sécurité informatique a été actionné avec des mesures correctives qui ont permis de contenir le chemin utilisé et de renforcer les infrastructures, ajoutant que des moyens ont été mis en œuvre pour identifier précisément les données concernées. Rappelant que la protection des données personnelles et la confidentialité des informations de ses usagers constituent une priorité absolue, la CNSS a fait savoir qu’une enquête administrative interne est en cours alors que les autorités judiciaires compétentes ont été saisies par la Caisse. A cet effet, “nous appelons l’ensemble des citoyens et médias à faire preuve de vigilance, de sens de la responsabilité et d’éviter tout acte de diffusion ou de partage de données fuitées ou falsifiées au risque de s’exposer à des conséquences judiciaires”, conclut le communiqué. 

mercredi 9 avril 2025

Scandale à l’hôpital militaire de Rabat : un adjudant-chef des FAR écroué pour viol sur mineure

actumaroc, 8/4/2025


Le procureur du roi près la Cour d’Appel de Rabat a ordonné l’incarcération préventive d’un sous-officier supérieur des Forces armées royales (FAR). Cet adjudant-chef est mis en cause dans une affaire de viol sur une jeune fille mineure, un acte qui se serait déroulé au sein même de l’hôpital militaire Mohammed V de Rabat.

Les faits se seraient produits dans l’enceinte de l’établissement hospitalier, où la victime, âgée de seulement 14 ans, était admise pour recevoir des soins médicaux. L’accusé, qui exerçait la fonction d’infirmier en chef et était donc responsable de la prise en charge de la jeune patiente, aurait abusé de sa position pour la séduire et commettre une agression sexuelle à son encontre.
Alertée par cet acte odieux, la famille de la victime a saisi la justice. L’adjudant-chef a été interpellé et interrogé sur des accusations graves comprenant « séduction de mineure, harcèlement sexuel, attentat à la pudeur sans violence et abus d’influence ». Suite à ces investigations, le juge d’instruction a décidé de son placement en détention à la prison de Tamesna, après avoir été confronté à des éléments probants confirmant sa participation au crime.
La famille de la jeune victime, originaire de la région de Rachidia, avait conduit leur fille à l’hôpital militaire Mohammed V peu après la fête de l’Aïd Al-Fitr. Ils avaient choisi de la laisser sous surveillance médicale au sein de l’établissement, ignorant que l’infirmier en chef abuserait de son autorité pour commettre l’irréparable. La première audience pour un interrogatoire approfondi de l’accusé est programmée pour la fin du mois d’avril, et il devrait être confronté à la mineure en présence de son père.
Cette affaire a provoqué une vive indignation, et des organisations non gouvernementales ont pris position. L’Organisation nationale des droits de l’homme et de la lutte contre la corruption a publié un communiqué véhément, qualifiant cet acte de «violation flagrante des droits de l’homme, en particulier des droits de l’enfant», et soulignant le profond émoi suscité au sein de la société marocaine. L’ONG a insisté sur l’application rigoureuse des lois et a décrit les circonstances de l’agression, qui aurait eu lieu dans une salle isolée de l’hôpital, profitant de l’état de vulnérabilité et d’anxiété de la jeune fille. L’organisation s’est également interrogée sur la manière dont un tel crime a pu se produire dans un hôpital militaire, institution censée incarner la sécurité et la protection des citoyens, et a exprimé sa crainte quant à un possible traitement de faveur de l’accusé en raison de son statut au sein de l’armée.