2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.

https://noteolvidesdelsaharaoccidental.org/2-m-5o-aniversario-de-la-movilizacion-en-madrid-por-los-presos-politicos-saharauis-cinco-anos-sin-respuestas/ 

samedi 25 janvier 2025

Thierry Mariani (RN) tente d'opposer son veto à la présence du Front POLISARIO au Parlement européen

Francisco Carrión, El Independiente, 23/1/2025
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane, Tlaxcala

El eurodiputado de Marine Le Pen que trata de vetar la participación del Polisario en el Parlamento Europeo
Thierry Mariani, eurodéputé français

Après une longue attente, le Front POLISARIO a un rendez-vous officiel au Parlement européen mardi 28 janvier. Ses représentants sont invités par la Commission du commerce international (INTA) de l’Europarlement dans le contexte de l’arrêt historique de la Cour de justice de l’UE qui, en octobre dernier, a déclaré nuls et non avenus les accords de pêche et d’agriculture entre Bruxelles et le Maroc.

Une comparution qui met mal à l’aise certains députés européens. Cette semaine, le Français Thierry Mariani, ancien secrétaire d’État aux transports de Sarkozy puis ministre, aujourd’hui élu du Rassemblement national de Le Pen et Bardella (Groupe Patriotes pour l’Europe), a protesté dans l’hémicycle pour demander la suspension de la participation du représentant sahraoui au groupe de suivi du Maghreb de la commission susmentionnée.

« L’article 10 de notre règlement stipule que les députés doivent préserver la dignité du Parlement et ne pas porter atteinte à sa réputation. Je tiens donc à condamner l’invitation faite aux représentants du Front POLISARIO. D’une part, cette milice est soutenue par l’Algérie pour déstabiliser le Maroc, partenaire important de l’Union européenne. Ensuite, ses liens avec les islamistes, les attaques barbares contre la population de la ville de Smara en 2013 et les cas de détournement de l’aide humanitaire du camp de Tindouf doivent nous alarmer », a déclaré le Français, fervent partisan du régime alaouite.


Réponse du BNG

Une demande sans succès puisque la réunion est toujours programmée malgré les tentatives de blocage dans un Parlement qui a encore en mémoire le Moroccogate et la campagne de pots-de-vin aux eurodéputés organisée par des diplomates marocains. En réponse à l’eurodéputée français, Ana Miranda Paz du Bloc nationaliste galicien (Groupe des Verts/Alliance libre européenne) a défendu la réunion dans une conjoncture où l’accord de pêche et d’agriculture entre l’UE et Rabat a été annulé.

« J’ai un point sur le règlement intérieur, qui est l’acceptation des ordres du jour des comités et des groupes de suivi, dans ce cas l’INTA, dans lequel le Front POLISARIO est finalement admis en tant que représentant légitime du peuple du Sahara occidental », a-t-elle déclaré. C’est le respect des règles de ce Parlement et aussi de la décision de la Cour de Justice de l’UE. Alors ne venez pas modifier ce qui est de droit et de droit international », a répondu Miranda, qui - dans des déclarations à El Independiente - reconnaît que “la droite et l’extrême droite exercent des pressions”.

Le POLISARIO défend sa présence

Le POLISARIO a déclaré à ce journal qu’il était convaincu que la réunion aurait lieu. « La majorité de la commission du commerce international, malgré l’opposition de Thierry Mariani, a invité le Front POLISARIO à présenter sa position, sa vision des relations avec l’Union européenne et c’est la position logique et conforme à l’esprit de l’arrêt de la Cour européenne de justice », disent-ils.
« Nous invitons tous les groupes parlementaires à un dialogue constructif, ouvert et inclusif pour résoudre les problèmes conformément au droit international et avancer en faveur de la paix et du développement et de la complémentarité entre l’Union européenne et le Maghreb et l’Afrique en général, en fermant la voie à l’expansionnisme et aux guerres qui coulent et appauvrissent l’Afrique et le Maghreb et créent un climat d’affrontement, d’instabilité et de pauvreté », ajoute le mouvement sahraoui. « Les temps de la colonisation, de la xénophobie, de l’injustice et du pillage des ressources naturelles de l’Afrique ont été rejetés par les peuples africains et ont échoué », soulignent-ils.

Le POLISARIO considère également que « les positions extrêmes des hommes politiques français et de leur gouvernement actuel sont à l’origine de la perte d’influence de ce pays en Europe, en Afrique et dans le monde ». « C’est ce manque d’adaptation et de compréhension du fait que les temps ont changé qui fait que la France est en crise, mais nous sommes sûrs que le grand peuple français trouvera les dirigeants qui sauront l’inspirer à nouveau comme il l’a fait dans sa riche histoire », concluent-ils.

Lire aussi Au Rassemblement national, les étranges alliés de Mohamed VI, par Charlotte Lalanne, L’Express, 5/7/2024

vendredi 24 janvier 2025

La libération des 4 espions français par le Burkina Faso a coûté 60 millions d’Euros au…Maroc

Nous vivons une époque formidable : 4 espions français sont capturés au Burkina Faso en 2023. Le roi du Maroc intervient et verse 60 millions d’Euros au gouvernement burkinabé. Les espions sont libres ! Une affaire qui soulève quelques questions.-SOLIDMAR

Le roi Mohammed VI dépense l’argent marocain pour soutenir les espions français

Dounia Filali , alwakai3e.info, 20/1/2025
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane

À la lumière des défis économiques et sociaux croissants auxquels est confronté le peuple marocain, des questions se posent quant aux priorités d’allocation des ressources nationales et à leur compatibilité avec les besoins des citoyens. Cela s’inscrit dans le contexte des politiques financières et diplomatiques menées par le roi Mohammed VI, qui ont suscité de nombreuses critiques quant à l’importance accordée à l’amélioration des conditions de vie du peuple marocain. Beaucoup se demandent si ces politiques accordent l’importance nécessaire aux questions internes ou si elles orientent les ressources et l’attention vers des priorités externes qui n’ont pas d’impact tangible sur la vie des citoyens. Parmi les questions les plus marquantes qui ont récemment suscité une large controverse dans la rue marocaine, citons la médiation menée par le roi Mohammed VI pour libérer quatre agents des renseignements français détenus au Burkina Faso pour espionnage et ingérence dans les affaires de sécurité intérieure du pays. Cet incident a représenté une grave crise diplomatique entre la France et le Burkina Faso, le gouvernement burkinabé accusant ces agents de tenter de déstabiliser le pays. Face à cette crise, le Maroc est intervenu en proposant une médiation, profitant de ses relations fortes avec les deux parties, alors qu’il cherchait à libérer ces agents faisant partie des services de renseignement français.

Médiation marocaine : un coût élevé

Ce qui a déclenché une vague de mécontentement au Maroc, c’est que cette médiation n’était pas une simple intervention humanitaire ou diplomatique, mais qu’elle impliquait plutôt le paiement par le roi Mohammed VI d’une énorme somme de plus de 60 millions d’euros provenant du trésor marocain dans le cadre de l’accord [cette information émanant de la DGED marocaine a été « formellement démentie » par la DGSE, NdlT], en plus de fournir du matériel et des fournitures militaires à la partie burkinabè après que la France a refusé de les payer et d’entamer des négociations financières avec le Burkina Faso. Cette somme importante versée par le roi du Maroc a suscité des interrogations chez les Marocains sur la raison d’affecter ces énormes ressources financières marocaines à la résolution d’une crise liée aux intérêts d’un autre pays, à l’heure où le peuple marocain souffre de crises économiques et sociales étouffantes. y compris le chômage, la pauvreté et la détérioration des services publics.

Questions sur les priorités du Maroc

Cette médiation a amené de nombreux citoyens marocains à s’interroger sur les priorités de la politique marocaine : le roi Mohammed VI préfère-t-il prêter attention aux questions extérieures au détriment des problèmes internes du peuple marocain ? D’autant que les Marocains vivent dans une amère réalité économique. Il vaudrait mieux que ces ressources financières marocaines soient utilisées pour résoudre certaines des crises des Marocains, comme celle des victimes du tremblement de terre d’Al Haouz, qui ont un besoin urgent d’aide humanitaire et de reconstruction, au lieu de s’occuper d’un problème de sécurité extérieure et soutenir les intérêts d’autres pays dont les citoyens vivent bien mieux que les citoyens marocains.

Le roi préfère-t-il protéger les intérêts de la France aux dépens des Marocains ?

L’une des questions qui revient fréquemment est la suivante : le roi Mohammed VI et les dirigeants marocains préfèrent-ils préserver et protéger les intérêts de la France en échange du sacrifice des intérêts du peuple marocain ? Allouer 60 millions d’euros pour soutenir la France dans son affaire d’espionnage, alors que le citoyen marocain souffre du manque de ressources allouées aux projets de développement local et du grand nombre de prêts consentis par le gouvernement marocain aux dépens des Marocains, fait douter de la volonté du gouvernement marocain engagement à répondre aux besoins de sa population. Dans ce contexte, des voix de plus en plus nombreuses réclament une reconsidération des priorités nationales et l’importance d’allouer les fonds et les ressources d’une manière cohérente avec les besoins des citoyens et les crises internes du pays, au lieu de se préoccuper de questions diplomatiques qui ne sont pas directement liées aux intérêts du Maroc. Le peuple marocain est confronté quotidiennement à des défis qui nécessitent une intervention urgente. Parmi ces défis : la détérioration de la situation économique, l’absence d’opportunités d’emploi, la détérioration des infrastructures et la détérioration des secteurs de la santé et de l’éducation. Allouer d’énormes fonds pour soutenir une cause étrangère est un gaspillage d’opportunités réelles qui pourraient faire une différence dans la vie des Marocains.

Comment quatre agents des services secrets français, détenus un an au Burkina Faso, ont été libérés

Benjamin Roger, Le Monde,  14/1/2025

Retenus prisonniers pendant un an à Ouagadougou, les otages, membres de la direction technique de la DGSE, étaient accusés d’espionnage par le capitaine putschiste Ibrahim Traoré. Il a fallu d’âpres tractations, et l’intervention décisive du Maroc, pour obtenir leur libération.

La nuit vient de tomber, ce 18 décembre 2024, lorsqu’un jet privé Bombardier Challenger 604 se pose à l’aéroport de Ouagadougou, au Burkina Faso. Propriété de la société Air Ocean Maroc, leader de l’aviation d’affaires dans le royaume chérifien, l’appareil a été envoyé par les services de renseignement marocains. Trois heures plus tard, quatre passagers s’y engouffrent : ces agents de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les services secrets français, viennent de passer plus d’un an en détention au Burkina Faso et s’apprêtent, enfin, à rentrer en France. A 23 h 52, l’avion redécolle, direction Casablanca. A Paris, le soulagement est général au siège de la DGSE, boulevard Mortier : c’est la fin d’une des plus graves crises internes de la « boîte », où le sort du quatuor n’en finissait plus de susciter des remous.

Cette libération, obtenue après des tractations secrètes longtemps infructueuses, les autorités françaises la doivent en grande partie à la médiation du Maroc. Le 19 décembre 2024, une fois les agents arrivés dans ce pays, l’Elysée annonce qu’Emmanuel Macron s’est entretenu avec le roi Mohammed VI, afin de « le remercier chaleureusement de la réussite de la médiation qui a rendu possible [leur] libération ». Un succès diplomatique pour Rabat, qui intervient après la réconciliation du Maroc avec Paris, fin juillet, quand M. Macron avait reconnu la « souveraineté marocaine » sur le Sahara occidental.

jeudi 23 janvier 2025

Les vols de l’UE vers le Sahara occidental ne sont pas couverts par les accords aériens UE-Maroc, dit la Commission Européenne

La Commission européenne a informé l’industrie de l’aviation que le Sahara occidental ne fait pas partie de l’accord aérien de l’UE avec le Maroc.

Western Sahara Resource Watch, 21/1/2025
Traduit par Ayman El Hakim

« Le 3 décembre 2024, lors de la réunion du Forum consultatif sur la politique extérieure de l’UE en matière d’aviation, la Commission a informé les transporteurs de l’UE que, conformément à la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, l’accord euro-méditerranéen relatif aux services aériens entre l’UE et le Maroc ne s’applique pas aux liaisons au départ du territoire d’un État membre de l’UE et à destination du territoire du Sahara occidental. »

C’est la réponse donnée par le Commissaire européen aux transports et au tourisme durables Apostolos Tzitzikostas, en réponse à une question de la parlementaire européenne Lynn Boylan, le 20 janvier 2025.

Boylan (Irlande, GUE/La Gauche) est la rapporteure permanente pour le commerce avec le Maghreb au sein de la commission du commerce international du Parlement européen, et donc chargée de suivre et de faire des recommandations sur la façon dont l’UE traite les récents arrêts de la Cour de justice de l’UE qui annulent les accords commerciaux entre l’UE et le Maroc appliqués au Sahara occidental sans le consentement du peuple du territoire.


Dans sa question qui a conduit à la déclaration de la Commission, Boylan a fait référence à l’annonce par le groupe irlandais de compagnies aériennes à bas prix Ryanair en novembre 2024 qu’il commencerait des vols vers Dakhla, une ville du Sahara occidental occupé. Dans son matériel de relations publiques annonçant la nouvelle route aérienne, Ryanair avait toujours situé Dakhla au Maroc, ce qui est factuellement incorrect.

En 2018, la Cour de justice de l’UE a jugé l’accord aérien UE-Maroc inapplicable au Sahara occidental, car le territoire ne fait pas partie du Maroc. Voir la chronologie du dossier juridique aérien ici.

Le premier vol de Ryanair vers Dakhla a eu lieu le dimanche 19 janvier 2025. A bord se trouvaient un journaliste et deux activistes espagnols, qui à leur arrivée ont été expulsés par la police marocaine.

Western Sahara Resource Watch a écrit à Ryanair le 18 novembre 2024. La compagnie n’a pas répondu.

En dehors de Ryanair, trois autres compagnies ont opéré des vols vers le Sahara Occidental occupé ces dernières années, en plus de la compagnie nationale marocaine Royal Air Maroc: Transavia (une filiale de KLM-Air France), Air Arabia et Binter Airlines.

La réponse de la Commission à la question de Boylan indique qu’il n’y a pas de cadre juridique en place qui couvre les vols des compagnies aériennes de l’UE à Dakhla, au Sahara occidental occupé.


mercredi 22 janvier 2025

Bouhamroun : la propagation de la rougeole, un défi de santé publique

, Femmes du Maroc, 21/1/2025

La rougeole, maladie virale contagieuse, est de retour en force au Maroc. Depuis 2023, plus de 24 000 cas ont été recensés, comme l’alerte le directeur de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la Santé. Une course contre la montre est enclenchée pour freiner l'épidémie.

24 474. C’est le nombre de cas de rougeoles au Maroc depuis sa réapparition en octobre 2023 dans la région de Souss-Massa. Depuis, près de 120 décès ont été enregistrés et les campagnes de sensibilisation et de vaccination ne cessent de s’enchaîner. L’objectif est à chaque fois le même, comme on peut le constater dans les communiqués du ministère de la Santé : il est de rétablir les niveaux de vaccination des enfants aux niveaux observés avant la pandémie de la Covid-19, qui a entraîné une baisse des taux de couverture vaccinale dans la plupart des régions et provinces du Royaume.

La rougeole est caractérisée par une éruption cutanée et des symptômes tels que de la fièvre, la toux et un écoulement nasal. Elle peut aussi entraîner des complications graves (pneumonies, infections et dans les cas extrêmes, la mort). Les enfants non vaccinés, en particulier ceux de moins de 5 ans, sont les plus vulnérables face à cette maladie.

La rougeole se transmet facilement d’une personne à l’autre par les gouttelettes respiratoires. Une personne infectée peut ainsi contaminer jusqu’à 18 autres personnes, ce qui explique la rapidité de la propagation de l’épidémie. Pourtant, la vaccination contre la rougeole est gratuite et largement disponible au Maroc, dans les centres de santé et via les campagnes de vaccination nationales.

Face à une telle situation, le département de tutelle est sur le qui-vive et multiplie les initiatives, aux côtés d’organisations internationales telles que l’OMS et l’UNICEF ou également du système éducatif, encourageant vivement les parents à examiner les carnets de santé de leurs enfants et de les amener, si nécessaire, dans les centres de santé ou des cabinets médicaux pour recevoir les doses requises afin de prévenir la rougeole.



Rougeole dans les prisons marocaines : 47 cas recensés et une campagne de vaccination en cours

Actu Maroc, 10/1/2025

La Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) a annoncé une augmentation du nombre de cas de rougeole, localement appelée « Bouhamroun », dans neuf établissements pénitentiaires à travers le Maroc. Le bilan fait état de 47 cas confirmés à ce jour, avec des efforts intensifiés pour contenir la propagation de la maladie.

40 détenus encore en traitement

Selon un communiqué publié le vendredi 10 janvier 2025, 47 détenus ont été diagnostiqués depuis le début de l’épidémie. Parmi eux, 7 sont désormais rétablis, tandis que 40 autres restent en traitement, dont 38 en isolement médical au sein des prisons et 2 sous surveillance dans des hôpitaux publics.

Les cas sont répartis entre plusieurs établissements :

Prison locale Tanger 2 : 16 cas (15 en isolement, 1 à l’hôpital).

Prison locale Mohammedia : 9 cas.

Prison locale Ain Sebaa (Ain Borja) : 7 cas (6 en isolement, 1 à l’hôpital).

Prison centrale de Kénitra et prison locale Bourkayz à Fès : 2 cas chacune.

Prisons locales de Bouarfa, Kelaat Sraghna, Benslimane et Tétouan : 1 cas chacune.

Des employés également touchés

En plus des détenus, 5 membres du personnel pénitentiaire ont été contaminés. Parmi eux, un employé s’est rétabli, tandis que les autres suivent actuellement le protocole sanitaire recommandé.

Une campagne de vaccination en cours

Pour limiter la propagation de la rougeole, une campagne de vaccination volontaire a été lancée en partenariat avec le ministère de la Santé et de la Protection sociale. 3 788 détenus et 84 membres du personnel ont déjà été vaccinés sous la supervision des équipes médicales régionales.

Une mobilisation constante

La DGAPR a assuré que toutes les prisons restent en état de mobilisation pour prévenir la propagation de la maladie. Les mesures mises en place incluent l’application stricte d’une circulaire interne et une coordination continue avec le secteur de la santé publique.

Cette annonce survient après une mise à jour précédente, qui faisait état de 41 cas au mercredi 8 janvier. L’augmentation rapide des cas souligne l’urgence d’une réponse sanitaire coordonnée et efficace.

mardi 21 janvier 2025

Les “faits” selon la CIA

Le World Factbook de la CIA « présente les réalités fondamentales [basic realities] du monde dans lequel nous vivons et est l'une des publications du gouvernement américain les plus consultées. » Parmi ces « basic realities », cette carte du Maroc où le Sahara occidental occupé est devenu partie intégrante du royaume du Maroc, sous le nom de « Former Western Sahara territory », « ancien territoire du Sahara occidental » et où Cap Boujdour (رأس بوجادور) est indiqué sous son vieux nom colonial (portugais puis espagnol) de Cabo Bojador. Thank you, boss !


Ainsi, la CIA se range du côté des organes ignorant les résolutions de l’ONU, tout comme le Quai d’Orsay français. Ce qui n’est pas (encore) le cas de Google Earth, par exemple :





lundi 20 janvier 2025

Attentat à la bombe incendiaire contre Global Aktion : communiqué


Nouvelles de Global Aktion - Janvier 2025
Traduit du danois par Eva-Maria Kaskasatjåkka


Dans la nuit de dimanche à lundi, ce que l’on soupçonne être une bombe incendiaire a été lancée à travers la fenêtre des bureaux de Global Aktion à Copenhague. Sur l’asphalte devant le bâtiment, on pouvait lire le graffiti suivant : « Arrêtez de soutenir des terroristes. Fuck Polisario. Le Sahara appartient au Maroc ».

Deux membres d’une bande criminelle ont été arrêtés dans le cadre de l’enquête de police. Outre l’incendie criminel, ils ont également été inculpés de possession d’une grenade à main*.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous sommes choqués que notre solidarité avec le Sahara occidental ait des conséquences aussi graves. Surtout pour nos voisins qui ont perdu leur maison et ont dû fuir pour sauver leur vie. Nous sommes également préoccupés par le fait qu’aucun membre du gouvernement n’ait commenté l’attaque. Si la situation n’est pas prise au sérieux par les politiciens maintenant, cela pourrait donner l’impression d’un consentement passif, et dans le pire des cas, nous pourrions voir plus d’attaques contre des organisations politiques au Danemark.

Dans le même temps, nous sommes profondément touchés par tous les messages de solidarité que nous avons reçus non seulement du Danemark, mais aussi du monde entier. Des organisations de Bolivie, du Brésil et d’Allemagne et même Greta Thunberg. Merci beaucoup à tous ceux qui nous ont soutenus - cela représente beaucoup pour nous dans cette situation difficile.

Il ne fait aucun doute que l’attaque a renforcé le mouvement de solidarité pour un Sahara occidental libre. Il n’y a jamais eu autant de monde à une manifestation en faveur du Sahara occidental qu’à celle que nous avons organisée le lendemain de l’incendie criminel. Jamais le Sahara occidental n’a reçu autant d’attention. Nous ferons de notre mieux pour utiliser cet élan en faveur des Sahraouis. Et bien sûr, nous ne nous laisserons pas intimider par qui que ce soit. Même si nous devons travailler dans une boîte en carton, nous continuerons à nous battre depuis notre petit coin du monde jusqu’à ce que le Sahara occidental soit libre.

Nous vivons des temps sauvages. Et il semblerait qu’ils deviennent de plus en plus sauvages. Prenez soin des personnes qui vous entourent et continuez à parler du Sahara occidental, de la Palestine, du Congo, du Cachemire, de toutes les personnes qui souffrent dans le monde. Ce que nous avons vécu lundi ne donne qu’un petit aperçu de ce que les populations du Sud vivent depuis des années. Être privilégié implique des obligations, et nous le sommes certainement ici au Danemark - alors utilisons nos privilèges pour faire quelque chose pour les autres.

Salutations solidaires
Nicholas, responsable des politiques et des campagnes à Global Aktion

NdlT

Suite à lattentat, la police a interpellé deux membres d’un gang criminel du quartier de Nørrebro, déclaré illégal par la justice danoise en 2018. Appelé Loyal to Familia, le gang a été créé en 2013 par Shuaib Khan - condamné plus tard à 8 ans de prison pour meurtre - et a été l’un des protagonistes de la guerre des bandes qui a ensanglanté les rues de Copenhague [pour le contrôle du trafice de drogue] en 2017. Le nombre de ses membres, qui avait atteint 225 en 2018, a baissé à une centaine en 2021. Après l’emprisonnement de Khan, deux frères marocains natifs de Nørrebro  et mêlés à une longue série d’actions criminelles, ont tenté de prendre la direction de la bande : Abderrazak et Abdessamad Benarabe. Le premier, surnommé « Grand A », a défrayé la chronique danoise, entre autres pour avoir combattu dans les rangs du groupe djihadiste Ahrar El Sham à Idlib en Syrie. Nous ignorons leurs faits et gestes récents.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Notre bureau a été incendié en raison de notre soutien au Sahara occidental

Les attaques contre le travail de solidarité politique et les activistes politiques se sont intensifiées la nuit dernière lorsque des criminels ont mis le feu à notre bureau à Copenhague. Le message était sans équivoque et nous le voyons comme une tentative claire d’arrêter notre travail pour les droits humains et la liberté et contre l’occupation brutale du Sahara Occidental par le Maroc.
Anne Olsen , 15/1/2025
Traduit du danois par Eva-Maria Kaskasatjåkka


Une bombe incendiaire par la fenêtre

Dans la nuit de dimanche à lundi dernier, les bureaux de Global Aktion sur Wesselsgade à Copenhague ont fait l’objet d’une attaque à motivation politique et ont été incendiés. « Il s’agit très probablement d’une bombe incendiaire lancée à travers une fenêtre, qui a brûlé et endommagé tous nos biens.
Sur le trottoir devant notre bureau un graffiti disait « Le Sahara appartient au Maroc ». Selon toute vraisemblance, l’attaque est donc une réaction à notre travail de solidarité politique de longue date avec la lutte du peuple du Sahara occidental pour la liberté. Le Sahara occidental est la dernière colonie d’Afrique et est occupé par le Maroc depuis 50 ans. Au sein de Global Aktion, nous soutenons leurs revendications d’indépendance et de décolonisation.

Escalade des méthodes politiques

Nous sommes habitués à être accueillis par des cris et des hurlements, des perturbations d’événements, des comportements menaçants et désagréables de la part d’un groupe de personnes au Danemark qui soutiennent l’occupation brutale du Sahara occidental par le régime marocain. Néanmoins, nous sommes profondément choqués par ce qui s’est passé cette nuit. Nous n’avons jamais pensé que quelqu’un serait prêt à intensifier les attaques contre nous d’une manière qui mettrait la vie des gens en danger. C’est sans précédent et nous espérons que l’affaire fera l’objet d’une enquête approfondie.
« Il s’agit d’une escalade sans précédent d’un conflit politique avec des méthodes que nous n’avons pas vues au Danemark au cours des dernières décennies », déclare Morten Nielsen, responsable des politiques et des campagnes à Global Aktion
À Global Aktion, nous voyons cet attentat comme une grosse balle que les auteurs se sont  tiré dans le pied s’ils espèrent vraiment arrêter notre travail politique et affaiblir le mouvement mondial de solidarité avec le Sahara occidental. Cela montre à quel point il est important que nous soyons solidaires.

Un aperçu de ce que nos camarades du Sahara occidental vivent au quotidien

L’attentat contre notre organisation signifie évidemment que nous devons repenser la façon dont nous travaillons politiquement à l’avenir afin de ne pas mettre en danger nos militants, mais cela nous montre aussi que notre voix et notre forte solidarité avec la lutte des Sahraouis contre l’occupation sont vraiment nécessaires. Le feu et la fumée ne nous feront pas taire.
Nos pensées et notre solidarité vont aux populations du Sahara occidental occupé, dans les camps de réfugiés vieux de cinquante ans dans le désert du Sahara, qui luttent chaque jour pour leurs droits humains, pour la justice et pour la décolonisation. Ce que nous vivons aujourd’hui ne peut être comparé à l’oppression contre laquelle le peuple du Sahara occidental s’est battu au cours des 50 dernières années.

Le Danemark soutient l’occupation illégale du Sahara occidental par le Maroc

Nicholas Nyrop Vinthen, responsable des politiques et des campagnes à Global Aktion, souligne que le Danemark contribue à donner à l’occupation marocaine du Sahara occidental le sceau de l’approbation lorsque, en conjonction avec d’autres gouvernements européens et dans le cadre du Plan Afrique danois, nous passons des accords commerciaux lucratifs avec le Maroc, qui exporte à grande échelle des ressources naturelles et des ressources alimentaires à partir des territoires occupés. Plus récemment, en octobre, le ministre des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen a soutenu le « plan d’autonomie » marocain dans un communiqué, juste au moment où la Cour européenne de justice a statué en faveur du Sahara occidental pour la huitième fois.

Contactez Morten Nielsen (+4525396557) ou Nicholas Nyrop Vinthen (+4522701854) pour plus de commentaires.





dimanche 19 janvier 2025

Le Maroc accusé d’exterminer des millions de chiens errants

 

A cinq ans de la Coupe du monde 2030, le Maroc est accusé de vouloir exterminer les chiens errants, estimés à plus de trois millions. Une mesure dénoncée par les associations de défense des animaux qui sollicitent l’intervention de la FIFA pour mettre fin à cette pratique.
Des cas d’abattage et d’empoisonnement de chiens errants ont été signalés au Maroc ces dernières semaines, rapporte la Coalition internationale pour la protection des animaux (IAWPC). « Des chiens pris dans des pièges, sont également emmenés dans des camions pour être tués dans de faux dispensaires. Ils sont soit brûlés dans des incinérateurs, soit jetés dans des fosses communes », a dénoncé l’association dans un communiqué cité par El Debate.
Le manque de réaction de la FIFA face à cette alerte qui remonte à décembre dernier, a poussé Jane Goodall, grande défenseure des animaux, à se plaindre auprès de l’instance dirigeante du football mondial. Dans sa lettre adressée à Mattias Grafström, secrétaire général de la FIFA, la militante a dénoncé l’abattage des chiens au Maroc et demandé à la FIFA de prendre des mesures exemplaires contre le royaume.
« Vous devez certainement savoir comment les fans de football du monde entier, dont beaucoup sont également des amis des animaux, réagiront lorsqu’ils entendront parler de cette affaire », a-t-elle écrit dans sa lettre. Pour le moment, la FIFA n’a pas donné de suite à la plainte de Jane Goodall. L’instance dirigée par Gianni Infantino a lancé mardi l’appel d’offres pour la vente des droits audiovisuels de la Coupe du monde 2030.

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Âmes sensibles, s'abstenir

samedi 18 janvier 2025

“Le régime marocain n’est pas viable. Un soulèvement populaire est inévitable” : entretien avec le journaliste marocain Aboubakr Jamaï



Francisco Carrión, El Independiente, 7 / 01 / 25
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane, Tlaxcala
                  
Il dit être « radioactif » dans les milieux du pouvoir espagnol et français, mais son analyse et sa connaissance des tenants et aboutissants du Maroc sont des trésors. Aboubakr Jamaï, journaliste et homme d’affaires marocain en exil, connaît bien le passé du régime alaouite, ses projets d’ouverture aujourd’hui enterrés et son engagement renouvelé en faveur de la répression et des privilèges d’une élite qui partage un avenir sur lequel planent de sombres nuages.

« Je n’ai rien à cacher. Je dis la même chose à la presse et derrière des portes closes », déclare-t-il au pied levé dans un long entretien accordé à El Independiente. En 1997, Aboubakr Jamaï (Rabat, 1968) fonde à 29 ans Le Journal Hebdomadaire et, un an plus tard, son pendant arabophone, Assahifa al-Ousbouiya. Son journalisme inconfortable, compris comme un appel à la démocratisation du royaume, est devenu la cible de la colère du gouvernement, en particulier après l’accession au trône de Mohammed VI en 1999. Il a résisté à la diffamation, à l’interdiction, à la censure et à l’asphyxie économique pendant plus d’une décennie. En février 2010, Jamaï a annoncé sa fin. « Le journalisme sérieux est devenu impossible au Maroc aujourd’hui », plaide-t-il devant la foule.

Lauréat du prix international de la liberté de la presse décerné par le Comité pour la protection des journalistes,  Jamaï réside aujourd’hui à Madrid, où il est doyen de la Donna Dillon Manning School of Global Affairs de l’American College of the Mediterranean.

Question : Comment le Maroc est-il perçu de l’étranger ?
Réponse : L’État et le régime marocains nous disent que tout va bien, mais apparemment tout ne va pas bien. La raison pour laquelle je commence à m’inquiéter de la santé du monarque est qu’elle a des implications en termes de gouvernance du pays, parce que le roi est si important d’un point de vue constitutionnel que son bien-être est essentiel pour comprendre ce qui se passe dans le pays. S’il ne fonctionne pas pleinement, qui est responsable, qui prend les décisions ? Je pense que le roi a toujours été en charge. Il n’a peut-être pas prêté attention à certaines questions, mais c’est lui qui prend les décisions en dernier ressort. Je n’ai jamais cru que certaines décisions importantes avaient été prises sans son approbation, même lorsqu’il était à l’étranger. Je ne pense pas que de grandes décisions aient été prises sans qu’il en soit informé. La grande question est de savoir s’il est vraiment bien informé de ces décisions. Nous savons qu’il y a une sorte de division du travail autour de lui ; que le volet politique de sécurité, par exemple, était entre les mains d’Ali El Himma.
Q.- Où se place le chef de l’appareil policier, Abdellatif Hammouchi, dans cette division du travail ?
R.- C’est un des débats au Maroc, mais il est très peu probable qu’il ait pris la place d’El Himma. Il y a une constante dans le gouvernement du roi : les gens qui sont proches de lui sont des gens qui ont littéralement étudié avec lui à l’université. Ceux qui occupent encore les postes les plus importants sont des gens qui étaient avec lui dans ce que j’appelle sa zone de confort psychologique. Il est intéressant de les comparer à ceux qui entouraient Hassan II. La principale différence est que la plupart de ceux qui étaient avec Hassan II avaient une réputation bien établie en dehors du palais et avaient leur propre itinéraire politique. Ils étaient des personnalités à part entière. Aujourd’hui, ce sont ses amis. Au-delà du fait qu’ils sont autour de lui, ils sont inconnus. Je veux dire que si l’on retire de leur CV le fait qu’ils fréquentent le palais, qui sont-ils ? Ils n’ont aucune expérience professionnelle ou autre en dehors du palais.
Q.- Quel est le résultat de son gouvernement ?
R.- Je mentionne toujours les indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale et c’est l’un des rares qui commence avant Mohamed VI. Vous pouvez voir l’évolution au cours des dernières années de Hassan II et immédiatement après en termes de corruption ou de libertés politiques. On peut voir qu’elle progresse positivement jusqu’en 2000 et qu’elle se dégrade depuis. Depuis le début de la monarchie de Mohammed VI, les droits humains et la liberté d’expression se sont dégradés par rapport aux dernières années de Hassan II.
Q.- Mais dans les premières années du règne de Mohammed VI, on projetait l’image d’un monarque compréhensif. On le surnommait « le roi des pauvres »...
R.- C’est une des raisons pour lesquelles, en tant que journaliste, j’ai eu des problèmes parce que dès le début nous avons commencé à tirer la sonnette d’alarme, parce que pour nous les signes avant-coureurs étaient déjà là. L’attitude de la monarchie à l’égard des entreprises est un indicateur important, car Hassan II, au cours de ses dernières années, a désengagé la monarchie du secteur privé. Un tournant important dans l’histoire politique récente du Maroc est ce qui s’est passé entre 2001 et 2003. Si l’on compare ce qui s’est passé dans la région dans les années 1990, on constate une régression en termes de droits humains et de démocratie. Il y a eu un proto-Printemps arabe. Les premières élections démocratiques dans le monde arabe ont eu lieu en Algérie en 1999. Elles ont débouché sur une guerre civile, mais il s’agissait d’élections démocratiques. Les élections les plus libérales de l’histoire de la Jordanie ont eu lieu en 1989, par exemple, et le Maroc a également rejoint la vague. La différence entre le Maroc et les autres pays est que le Maroc n’a pas reculé dans les années 1990. Hassan II a continué sur sa lancée. Je ne pense pas qu’il y ait eu un autre pays qui ait maintenu l’élan d’ouverture aussi dynamique que le Maroc, et le Maroc a été une bonne exception dans les années 1990. Il n’a jamais été une démocratie. Et cela a duré jusqu’au début des années 2020. Mon journal a été interdit à deux reprises en 2000. Hassan II ne l’a jamais interdit et j’ai été rédacteur en chef de novembre 1997 jusqu’à sa mort en juillet 1999 et nous n’avons jamais été interdits.
Q.- J’ai cru comprendre que pour vous, ce qui se passe au Maroc était prévisible ?
R.- Oui, bien sûr. Pour moi, les choses ont commencé à mal tourner très tôt. Tout d’abord, l’interdiction des journaux. Si vous regardez en arrière, vous vous rendez compte que les premières personnes qui ont été arrêtées sur la base des nouvelles lois antiterroristes étaient des journalistes, vous savez, après 2008. L’une des principales raisons pour lesquelles ce faux récit d’ouverture a persisté est liée au parti socialiste en France. Hassan II a nommé Abderrahmane Youssoufi premier ministre parce qu’il avait besoin du soutien des socialistes à l’étranger sur la question du Sahara. Cette nomination l’a aidé à s’entendre avec le Parti socialiste français.
Q.- Quel est l’héritage de Mohamed VI ?
R.- C’est une occasion manquée.
Q.- Je ressens une certaine méfiance à l’égard de l’Europe et de ses relations avec le Maroc...
R.- Lorsque nous avons été interdits de travailler en tant que journalistes et de publier, le seul pays où nous avons trouvé une société civile qui nous a soutenus ont été les USA. Je n’ai pas beaucoup d’espoir du côté de l’Europe en ce qui concerne les droits humains au Maroc. Leurs propos ne résonnent plus en moi. D’abord, la proximité entre les socialistes français et marocains a sacrifié les militants des droits humains et les démocrates. Ils ont acheté le discours des socialistes marocains. La deuxième raison est ce que j’appellerais la maladie française : le problème de l’islamisme. Il s’agit de la notion selon laquelle l’alternative aux socialistes et même au régime marocain est l’islamisme, ce qui, soit dit en passant, est conceptuellement stupide parce que la nature du régime actuel est islamiste. La raison pour laquelle le roi est roi est qu’il dit être un descendant du prophète et qu’il gouverne selon la loi de Dieu.
Lorsque vous parlez en ces termes, ceux d’entre nous qui, au Maroc, croient en la démocratie et aux libertés, s’entendent dire que nous sommes les idiots utiles de l’islamisme, que nous préparons le terrain pour l’islamisme. Et ceci est basé sur une vision très orientaliste selon laquelle nos sociétés sont des sociétés islamiques, ce qui n’est pas vrai. Nos sociétés sont très complexes. La preuve en est que les quelques ouvertures que nous avons eues dans la région en termes d’élections n’ont pas été balayées par les islamistes. Pas même en Tunisie. Et même si l’opposition était fracturée et brisée, elle n’a pas été en mesure d’obtenir de fortes majorités où que ce soit. La troisième raison concerne l’Espagne. Si vous me demandez pourquoi Pedro Sánchez fait ce qu’il fait vis-à-vis du Maroc, c’est parce que le Maroc est devenu beaucoup plus offensif dans sa diplomatie et utilise des arguments qu’il n’utilisait pas officiellement auparavant : « si vous ne jouez pas le jeu avec nous, nous vous ouvrons les portes de l’immigration ». C’est en mai 2022 que les Marocains ont envoyé des milliers de personnes à Ceuta, ce qui n’était pas arrivé auparavant.
Il y a aussi une nouvelle stratégie de diplomatie et de sécurité. Hammouchi est décoré en Espagne et en France. Il voyage aux USA et est proche du FBI et de la CIA. Il ne donne pas d’interviews, mais il publie des photos. Des gens écrivent des articles publicitaires sur eux. Ce n’était pas le cas auparavant.
Q.- Il semble que la diplomatie et l’appareil sécuritaire du Maroc gagnent la partie...
R.- Je ne sais pas, qu’avons-nous gagné exactement ? Si vous me demandez en termes d’efficacité, le jury n’a pas encore tranché. Le Roi a fait un discours et a dit que la lentille à travers laquelle nous allons juger nos partenaires dans le monde est leur attitude envers le Sahara Occidental. Quelle est votre mesure ? Quand on me dit que j’ai réussi, qu’avez-vous réussi à faire exactement ? Ce que le Maroc cherche, c’est la reconnaissance par l’ONU du fait que le Sahara occidental est marocain, donc pour moi c’est la mesure. Ce n’est pas le cas si Sanchez envoie une lettre et se contredit ensuite lorsqu’il s’exprime à l’ONU. Il en va de même pour les USA et la France, qui sont de plus gros poissons, car ils disposent d’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU.
Q.- Le plan marocain d’autonomie pour le Sahara a été présenté en 2007 et n’a pas été développé depuis.
R.- A l’époque, j’ai interviewé Mohamed Abdelaziz [le défunt leader du Polisario] pour lui demander ce qu’il pensait du plan d’autonomie et il n’a pas dit non. Il a dit que pour le moment, nous avions le processus de l’ONU : « voyons ce qui se passe et ensuite parlons ». Je l’ai interviewé à l’hôtel Mayflower à Washington. À la fin de l’entretien, l’un de ses conseillers est venu me voir et m’a dit : « Si le plan d’autonomie nous aide à sauver la face, pourquoi pas ? » Je l’ai écrit et personne n’a dit que c’était faux. Pour moi, le problème du plan d’autonomie n’est pas que le Sahara le rejette, c’est la hiérarchie des choses à faire pour avoir un plan d’autonomie acceptable. Le plan d’autonomie du Maroc n’est pas assez bon parce que nous n’avons pas les institutions pour le mettre en œuvre. Dans les déclarations de l’ambassadeur allemand à Rabat qui ont provoqué la crise avec l’Allemagne, il a dit quelque chose d’essentiel : si les Marocains pensent que les réformes de régionalisation qu’ils sont en train de faire sont suffisantes, ils se trompent. C’est mon attitude depuis le début.
Q.- Et que pensez-vous actuellement du plan d’autonomie pour le Sahara ?
R.- Le Maroc n’est pas capable. Nous n’avons pas les institutions pour mettre en œuvre un plan d’autonomie. Nous n’avons pas de système judiciaire indépendant. Nous ne sommes pas constitutionnellement développés pour avoir un plan d’autonomie internationalement acceptable. C’est notre problème et j’ai souvent dit en plaisantant que si le Polisario voulait ennuyer les Marocains, il devrait dire : « Oui, discutons de votre plan d’autonomie de trois pages ». Le Maroc n’a pas de plan sérieux parce que nous n’avons pas les bonnes institutions. Nous sommes institutionnellement sous-développés pour ce genre de choses parce que nous ne sommes pas une démocratie et nous demandons au monde de reconnaître que ces gens sont des Marocains. Donnez-nous ces gens qui sont les nôtres. Hassan II a utilisé une formule intéressante : « Je veux que l’ONU me donne mon titre de propriété ». Si tel est l’objectif, je ne pense pas que nous ayons fait beaucoup de progrès car, en fait, nous sommes toujours dans les résolutions de l’ONU. Il y a un paragraphe sur la solution politique et le respect du droit à l’autodétermination des peuples. Tant que cette phrase existera, nous ne gagnerons pas.
Nous en sommes toujours au même point. L’une de mes questions est de savoir pourquoi le Polisario est aujourd’hui totalement opposé au plan d’autonomie. Il ne parle que du droit à l’autodétermination. Que s’est-il passé en 2000 pour que le Polisario change d’avis ? Le Maroc était perçu comme un pays en voie de démocratisation et le Polisario a pris peur, car il craignait que son peuple ne l’accepte. La stratégie du Maroc devrait être telle que le peuple du Sahara pèse essentiellement deux choses : la démocratie et la liberté ou l’indépendance. Parce que si vous avez l’indépendance, il n’est pas sûr que vous soyez une démocratie... mais si vous l’avez déjà, si vous êtes sous le gouvernement d’un État qui se démocratise vraiment et que vous pouvez voir que vos ressources sont investies dans votre partie du pays ; si vous voyez que vous êtes traités de manière égale, que vous avez la liberté d’expression, que vous avez toutes ces choses, alors vous pourriez vous demander pourquoi l’indépendance. Parce que l’Algérie n’est pas la plus grande démocratie du monde et je sais que mes dirigeants ont un lien très fort avec les Algériens. Qu’est-ce que cela signifierait pour mon gouvernement ? Je ne soutiens pas l’argument marocain selon lequel il s’agirait d’une dictature. Je n’en sais rien. Je ne préjuge pas.
Q.- Mais cette possible stratégie de séduction est complètement enterrée aujourd’hui ?
R.- Aujourd’hui, il ne semble pas y avoir d’autre voie que le système prédateur du business royal, la collaboration avec les puissances du monde en torturant les gens qu’ils pensent être des terroristes ; l’arrêt de l’immigration s’ils le veulent en échange de la propriété marocaine du Sahara. Les droits humains ne nous intéressent plus. Nous avons maintenant une diplomatie de la sécurité.
Q.- Y a-t-il encore de la place pour une démocratisation au Maroc ?
R.- Oui, bien sûr. Je n’ai pas de réponse à cette question, mais je vais vous dire ce que je ne sais pas avec certitude. Ce que je sais avec certitude, c’est que ce régime n’est pas disposé à se démocratiser et qu’à un moment donné, il y a eu un espoir que ce régime soit disposé à s’ouvrir. L’indice de Freedom House est très utile. Hassan II a laissé un régime sans journalistes en prison, à quelques exceptions près, mais sans prisonniers politiques majeurs. Aujourd’hui, nous avons des prisonniers politiques et la torture au Maroc.
Q.- Le Maroc actuel est-il viable à long terme ?
R.- Je ne pense pas que ce type de gouvernement soit viable, mais il y a une bonne nouvelle dans l’histoire récente du Maroc, qui pour moi est formidable : lorsque nous avons eu le printemps populaire et le soulèvement du Rif, cela a montré que nous avons un peuple pacifique. Nous avons des gens organisés et articulés qui ne travaillent pas dans le cadre de syndicats, qui ne travaillent pas dans le cadre de partis politiques. Il existe donc une société en dehors de la société politique publique officielle qui est en fait beaucoup plus mûre que je ne le pensais moi-même. Je n’ai pas grandi à Casablanca, mais je la connais très bien. Il y avait des dizaines de milliers de personnes qui manifestaient dans un quartier très populaire. Pas une seule vitre n’a été brisée. Et je connais ces quartiers, il n’y a pas un jour sans qu’il y ait des pleurs, sans qu’il y ait des bagarres. Dans le Rif, c’était exactement la même chose. La violence est toujours venue de l’État.
Q.- Y aura-t-il un nouveau soulèvement à l’avenir ?
R.- Je pense que c’est inévitable. Lorsque vous analysez ce qui s’est passé dans toute la région et que vous voulez identifier le secteur démographique qui a été le principal moteur du Printemps arabe et du soulèvement du Rif, il s’agit de la jeunesse urbaine qui est au chômage, plus éduquée que le reste de la population et plus active. Par rapport à 2010, la situation est pire au Maroc parce que le régime n’a pas réussi à résoudre le problème principal, qui est de donner des emplois aux jeunes, qui sont ceux qui se rebellent. Nous sommes dans un monde différent avec l’internet. Ils y ont accès. J’emmène des étudiants usaméricains au Maroc et chaque fois que j’y vais, je suis stupéfait par le nombre de jeunes que nous rencontrons et qui ont appris l’anglais en regardant YouTube. Les gens ont donc d’autres moyens d’augmenter leur QI et pour moi, le QI de la société a augmenté non pas à cause du système éducatif, mais parce qu’ils sont exposés au reste du monde. La contestation va continuer à se développer. Nous ne prêtons pas trop attention à ce qui se passe démographiquement au Maroc. Aujourd’hui, la pyramide des âges marocaine commence à ressembler à une femme enceinte. La majorité de sa population est la partie productive entre 20 et 40 ans. La croissance moyenne pendant les 25 ans de Mohammed VI est de 3,6%. Le taux de croissance dont le Maroc a besoin, selon les économistes, pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail se situe entre 6 et 7 %.
Je ne vois pas comment, s’il n’y a pas de relations appropriées, notamment avec l’Europe, organiser l’immigration de la manière la plus civilisée possible avec les pays qui ont besoin de l’immigration. L’Espagne a besoin de l’immigration. C’est un problème pour l’Espagne, mais surtout pour le Maroc. Le régime devrait avoir peur. Dans le Rif, ils ont réussi à mettre fin au soulèvement par la répression - ils ont rassemblé les leaders du mouvement et les ont condamnés à des peines de prison insensées et ils sont toujours en prison - et par l’ouverture du couloir de migration. Ils ont ouvert la porte : ils ont dit aux gens d’aller en Espagne. [Feront-ils avorter la prochaine révolte avec la même recette ?] Je ne sais pas, parce qu’ils sont entre le marteau et l’enclume.
Q.- Avec tous ces éléments, comprenez-vous la position de Sánchez au Maroc ?
R.- C’est très malheureux la façon dont cela s’est passé parce que je ne pense pas que ce soit un bon reflet des institutions espagnoles. Ce n’est pas non plus une bonne chose pour le Maroc. Je comprends la difficulté d’un chef de gouvernement espagnol et sa mission de stopper l’immigration illégale et de lutter contre le terrorisme en connaissant l’origine de ceux qui ont commis des attentats dans le passé. Et si les Marocains sont vraiment attachés au fait que le Sahara occidental devrait être marocain et qu’ils vont essentiellement évaluer toutes les autres politiques à mon égard à travers la lentille de cette question, qui est le Sahara occidental, alors j’aimerais les contenter. C’est logique. Mais la question est de savoir comment vous le faites, si c’est la bonne façon, s’il n’y a pas d’autre façon de le faire ? L’Espagne devrait prendre le Sahara occidental au sérieux et c’est difficile parce que le régime marocain est sourd et muet en ce moment. Nous sommes confrontés à une situation de fierté mal placée. Je n’aime pas ce chauvinisme venant du Maroc. Si je suis un partenaire du Maroc, je trouve qu’il est très difficile de parler au Maroc. Même à huis clos, je pense que les seules personnes que les Marocains écoutent sont les USAméricains. Les Marocains se moquent des Espagnols et des Français. Soyons clairs. Ils sont très arrogants en ce moment.
Il est très important de défendre les intérêts marocains, mais pas de cette manière. Ce n’est pas la bonne façon de le faire. Il y a d’autres façons d’être ferme, même sur la marocanité du Sahara, mais pas en menaçant d’être négligent dans la lutte contre le terrorisme et quand je dis lutte contre le terrorisme, je veux être clair ici. Je suis quelqu’un qui pense que la menace terroriste a été exagérée. Notre gouvernement ne doit pas être le gendarme des sociétés européennes. Il y a une très mauvaise perception de l’Islam, à la limite du racisme, dans ces sociétés. Par conséquent, lorsque je parle de terrorisme, je parle en fait de criminalité. Je ne parle pas d’arrêter quelqu’un qui porte une barbe. Mais pour moi, il est important que mon pays soit réellement impliqué dans la lutte contre cette criminalité. Il s’agit de ne pas laisser mes enfants risquer leur vie en essayant d’aller à Ceuta. J’ai mauvaise réputation lorsque j’utilise cela contre vous. Je sais que je vous contrarie. Je sais que c’est un outil contre vous, mais ce n’est pas bon. Ce n’est pas le pays dont je serais fier. Je me mets à la place de Pedro Sánchez. Si les Espagnols, les Français et les USAméricains sont vraiment sérieux sur la question du Sahara, ils devraient s’asseoir et dire que le plan d’autonomie a des conditions.

Q.- La perception interne qui est restée est que l’Espagne a été humiliée par le Maroc ?
R.- Oui, le paradoxe est que je pense que l’Espagne devrait soutenir l’autonomie, mais le Maroc a besoin de vrais partenaires. Le Maroc n’a pas besoin de partenaires faibles qui montrent la faiblesse dont Pedro Sánchez a fait preuve. Nous avons besoin de partenaires forts. Nous avons besoin d’amis forts qui nous soutiennent et qui soutiennent le fait que le Sahara est marocain [sic]. Nous parlions de la durabilité du Maroc. Quelle est la durabilité de ce type de relations diplomatiques lorsqu’il n’y a pas de gagnant-gagnant ? Les Marocains pensent avoir dompté la diplomatie espagnole et la diplomatie française, ce qui n’est pas le cas. Car Sánchez a envoyé la lettre et est ensuite allé à l’ONU pour dire autre chose. J’attends toujours que la France présente une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU. Elle a le droit de veto, alors j’attends qu’elle dise : « Vous devez agir parce que ce n’est qu’une étape vers la solution finale ». Et la seule façon de résoudre ce problème est de reconnaître la souveraineté du Maroc sur ce territoire. Dans le cas de l’Espagne, le Maroc veut que l’Espagne reconnaisse le Sahara marocain et je ne pense pas que l’Espagne le fera pour une raison très simple. Il y a un élément dans l’analyse que je ne pense pas que les diplomates marocains comprennent vraiment concernant le comportement de leurs alliés. Les plus grands bénéficiaires de l’ordre mondial sont les pays occidentaux. Il n’est pas dans leur intérêt de déstabiliser complètement le système. Mais la plupart du reste du monde occidental est complètement hypocrite quand il s’agit de la question palestinienne, mais cela ne signifie pas qu’ils n’ont aucun intérêt à faire fonctionner le système des Nations Unies et l’ordre international, parce qu’il fonctionne pour eux, ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas trop l’affaiblir et la question du Sahara fait partie de cette histoire. Ils ne vont pas faire n’importe quoi.
Q.- Depuis plus d’un an, le Maroc défend ses relations avec Israël...
R.- Il y a des débats dans les milieux d’affaires marocains pour savoir qui bénéficie de la connexion israélienne et je sais qu’il y a du mécontentement parce que ce sont des gens proches du régime qui en profitent. 
Tout le monde n’en profite pas. Le Maroc et les USA en tirent un grand bénéfice. La société marocaine est très pro-palestinienne. L’un des dangers que je perçois dans la connexion israélienne est l’attitude à l’égard de l’Algérie. Il existe un concept dans les relations internationales appelé le dilemme de sécurité. Et le dilemme de sécurité dit que lorsque vous vous sentez menacé par moi, que faites-vous ? Vous achetez plus d’armes... Si vous achetez plus d’armes, vous le faites de manière défensive parce que vous avez peur. Mais comment vais-je le percevoir ? Je le percevrai comme si vous vouliez m’attaquer. Je suis donc également sur la défensive, je vais construire mon armée. Encore une fois, c’est un cercle vicieux qui pourrait conduire à la guerre. Budgets militaires : les budgets militaires marocains ont doublé il y a quelques années, la même année que le budget militaire algérien, et nous ne sommes pas dans une économie qui dispose de ce type de ressources pour construire une armée forte. Bien sûr, nous devons nous défendre, mais nous devons être dans un environnement où nous n’avons pas à payer des milliards et des milliards de dollars chaque année pour maintenir une armée énorme, car c’est quelque chose qui pèse sur l’économie.
Q.- Le scénario d’une guerre entre le Maroc et l’Algérie est-il probable ?
R.- Nous sommes dans un monde fou. Si vous m’aviez parlé il y a quelques mois, je vous aurais répondu par un non catégorique. Aujourd’hui, franchement, je ne suis sûr de rien. Ni les Européens ni les USAméricains ne veulent d’une guerre dans les pays frontaliers de l’Europe.




vendredi 17 janvier 2025

Le nouvel ami et protecteur de Mohamed VI : Youssef Kaddour, le champion espagnol qui a juré “fidélité jusqu’à la mort” au roi du Maroc


Sportif accompli, il était devenu une idole à Melilla. Il fut un éphémère conseiller du gouvernement local. Il a tout abandonné pour répondre à l’appel du monarque alaouite.

Francisco Carrión, El Independiente, 12 / 01 / 2025
 Traduit par Tafsut Aït Baâmrane, Tlaxcala

 

Mohamed VI et Youssef Kaddour | GV

Certains ont été incrédules lorsqu’ils ont entendu parler de « sa nouvelle mission ». Au cours de la dernière décennie, il a remporté une demi-douzaine de championnats du monde et d’Europe d’arts martiaux sous les couleurs espagnoles. Il était devenu une idole à Melilla, un modèle pour les jeunes de la ville autonome. Youssef Kaddour reçoit hommages et récompenses dans son « coin de terre » et devient même un éphémère conseiller du gouvernement local. Jusqu’à ce que Mohamed VI croise son chemin.

Youssef Abdesselam Kaddur (Melilla, 1985) a fêté ses 40 ans le 2 janvier. Il est devenu l’un des plus fidèles confidents de Mohamed VI. Un écuyer et garde du corps qui a rejoint l’entourage formé par le clan des boxeurs Azaitar, les trois frères Abu Bakr, Ottman et Omar qui accompagnent le monarque dans tous ses déplacements depuis son divorce avec Lalla Salma en 2018 et qui jouissent d’une vie de haut niveau, dans les résidences et les dépenses luxueuses du monarque.

Shopping avec le monarque à Abu Dhabi

Sa présence imposante, sculptée par des heures en salle de sport, n’est pas passée inaperçue. L’été dernier, il a passé ses vacances avec Mohammed VI à Medik, une ville côtière près de Tétouan. Début janvier, Kaddour a accompagné le roi lors de sa visite à Abou Dhabi, la capitale des Émirats arabes unis. Sur les images qui ont été diffusées, le natif de Melilla se promène avec le monarque alaouite dans un centre commercial de la ville. Tous deux descendent un escalator au milieu de la foule présente dans le centre. Mohammed VI, le bras en écharpe, porte une chemise orange vif et un bas de survêtement ; Kaddour, lui, porte une chemise blanche.

Ce n’est pas la première fois qu’il est filmé en train d’accompagner le monarque malade. À Melilla, cette amitié ne surprend pas. « Je me souviens avoir reçu une photo de cette relation étroite avec le pouvoir marocaine, mais je ne me souviens pas d’autres détails », admet Eduardo de Castro, l’ancien président de Melilla. Kaddour a été conseiller à la jeunesse dans son premier gouvernement, fruit de l’accord entre Ciudadanos, PSOE et Coalición por Melilla qui a évincé Juan José Imbroda. Il a été nommé le 4 juillet 2019 et est resté en poste jusqu’en novembre de la même année.

« Il ne s’est ni bien ni mal comporté. Il n’a pas joué un rôle important. Il n’avait pas le temps de faire quoi que ce soit », se souvient De Castro. Kaddour a rejoint l’exécutif dans le quota de Coalición por Melilla, la formation fondée en 1995 par Mustafa Aberchán en tant que scission du PSOE Melilla et qui fait l’objet d’une enquête depuis 2023 pour un complot présumé de fraude électorale, de corruption et de vol de votes par correspondance. « Dès que j’ai su qu’il était lié au Maroc, je lui ai retiré la médaille de la ville et tout autre avantage. C’est de la déloyauté », dit De Castro, aujourd’hui retiré de la vie politique. « Dès que j’ai eu connaissance de tout cela, j’ai dit qu’il devait être démis de ses fonctions. C’est ce que j’ai fait lors du premier changement de gouvernement », ajoute-t-il.

Kaddour avec le président de la ville autonome de Melilla, Juan José Imbroda (Parti Populaire, droite) en 2018, lors de la remise de la Médaille d'or

Une enfance marquée par les brimades à l’école

Jusqu’à la fin de la dernière décennie, Kaddour était une figure importante de Melilla. Ses réseaux sociaux attestent de cette idylle avec sa ville natale. En 2017, après que des groupes locaux ont dénoncé le manque de soutien du gouvernement local à sa carrière sportive, il reçoit une série d’hommages signés par le Centre UNESCO de Melilla et l’Association de la presse sportive de la ville autonome. Un an plus tard, le gouvernement de la ville lui a décerné la Médaille d’or de Melilla, la plus haute décoration. Cette distinction a été acceptée à l’unanimité par les groupes politiques représentés à l’Assemblée.

À l’époque, Kaddour se vantait de ses origines mélilliennes. Dans l’une des vidéos publiées sur son compte Youtube, il reconnaît avoir été victime de brimades à l’école. « Mon enfance n’a pas été facile. J’ai été victime de brimades. Je me souviens encore de choses comme être battu à l’école, qu’on me prenne des choses, qu’on m’appelle par des noms, qu’on me donne des surnoms, j’ai vraiment vécu des moments difficiles », explique-t-il. Ces souvenirs amers sont confirmés par sa mère. « Il n’a pas passé de très bons moments à l’école lorsqu’il était enfant. Il était toujours très en colère. Nous savions qu’il vivait mal et c’est pourquoi nous avons eu l’idée géniale de lui faire faire du karaté pour qu’il sache se défendre », raconte sa mère. « J’ai commencé à nager et à faire du karaté pour gagner en confiance et savoir me défendre. Une fois que j’ai essayé le sport, c’était comme une drogue pour moi. Il s’agissait avant tout de m’améliorer : essayer d’être le meilleur en tout, que ce soit en classe ou dans n’importe quel sport ».

Intime avec les frères Azaitar
Kaddour collectionne les photos sur les réseaux sociaux avec les frères Azaitar, devenus la « nouvelle famille » de Mohamed VI après son divorce.

Une ambition et une compétitivité qu’il a conservées intactes à l’âge adulte, sur les tatamis où il s’entraînait et affrontait ses rivaux. Alejandro Liendo, l’un de ses entraîneurs pendant ses années au sommet de la discipline, le confirme : « Nous avons préparé ensemble le championnat d’Espagne de grappling et le championnat du monde de BJJ [jiu-jitsu brésilien] . Il a été champion dans les deux et son implication en tant qu’athlète a été exceptionnelle ». « Très discipliné, avec une très grande capacité d’effort et de sacrifice, comme cela est exigé d’un athlète d’élite de ce niveau. Il ne se plaignait jamais, il était toujours prêt à donner 100 % de sa journée et il avait une personnalité irrésistible », se souvient-il dans une conversation avec ce journal.

Kaddour a régné sur le grappling (sans kimono), le grappling gi (avec kimono) et le jiu-jitsu brésilien. Entre 2016 et 2018, il a bénéficié de l’ADO, le programme de soutien au développement et à la promotion des athlètes espagnols de haut niveau au niveau olympique. Sa dernière médaille remonte au printemps 2019 à Bucarest. Dans la capitale roumaine, il a remporté le bronze au championnat d’Europe de grappling. Les succès de sa carrière sportive, qui a débuté en 2011 avec une médaille d’or aux championnats d’Europe de Lisbonne, se sont achevés à Bucarest.

Kaddour à l’académie des frères Azaitar en 2020

Le Maroc, sa nouvelle patrie

Le jeune homme, qui a étudié les sciences de l’environnement à l’université de Grenade et a passé de longues périodes de formation aux îles Canaries, a inauguré quelques mois plus tard son éphémère carrière politique, dont il n’existe pratiquement pas de photos ou de vidéos. En 2020, ses pas l’ont conduit au Maroc, sous la houlette d’Aboubakr Azaitar, un ancien détenu en Allemagne devenu boxeur, qu’il considère comme « un frère ». Aboubakr est l’un des membres de « cette nouvelle famille » - comme certains l’appellent avec un malaise évident au palais - qui suit Mohammed VI dans ses absences prolongées du trône.

En août 2020, Kaddour annonçait dans ses réseaux « une nouvelle étape ». « « Avec beaucoup d’enthousiasme et de nouveaux objectifs. Alhamdulillah pour les personnes qui chaque jour font ressortir la meilleure version de moi, comme cette grande équipe. De grandes nouvelles sont à venir. Insha’allah. Focus sur la mission », écrit-il. Il l’accompagne d’un cliché sur lequel il pose torse nu avec d’autres « camarades de mission » sur un fond dominé au centre par le portrait de Mohammed VI en costume. De part et d’autre de l’image figurent les portraits des boxeurs qui composent l’entourage du monarque.

Depuis lors, il a éliminé toute mention de son origine melillienne et les mentions « Maroc » et le drapeau du pays sont reproduits dans tous les messages qu’il publie. Au cours des quatre dernières années, sa présence sur les médias sociaux s’est limitée à rappeler ses exploits et à diffuser des messages de motivation : « S’entraîner en s’amusant, persévérer en se reposant et vivre ce dont on rêve. Ma plus grande motivation et ma plus grande force, c’est la foi. La foi pour Allah » ; la reproduction de citations du prophète Mohamed ; le récit de ses voyages et de ses sorties avec les frères Azaitar ; ou encore la vassalité à Mohammed VI. « Que Dieu protège sa majesté le roi Mohammed VI et lui accorde la victoire, ô Allah tout-puissant, que Dieu le protège, prolonge sa vie et guide ses yeux vers l’héritier du prince secret, le puissant Moulay Hassan, et bénisse la vie de tous les membres de l’estimée famille », a-t-il posté lors de l’un des anniversaires de son accession au trône.

Youssef avec son défunt frère dans une image d’archive

La mort de son frère qui a scellé son destin avec Mohammed VI

Contacté par ce journal, Kaddour n’a pas souhaité s’exprimer. « Il n’y a pas lieu d’attendre, je n’ai pas l’habitude de parler de mes affaires, mais je vous remercie de votre intérêt », a-t-il répondu à une demande d’interview. Une tragédie familiale, la mort de son frère Souli Abdesselam en 2021, a scellé ce lien avec le monarque alaouite qu’il ne cache plus. Le roi alaouite est intervenu personnellement dans le rapatriement du corps.

« Aucun mot ne saurait exprimer notre gratitude pour l’amour et le soutien qui nous ont été témoignés après le décès de mon frère Souli. En particulier à Sa Majesté le Roi Mohammed VI qui, dès le moment du décès, a tout mis en œuvre pour le rapatriement de mon frère, sans tarder plus d’une journée, amenant les proches à l’enterrement, s’occupant de tous les détails et de l’état de la famille, montrant ainsi qu’il est une grande personne. Ma famille et moi-même lui serons éternellement reconnaissants, il aura notre amour et notre loyauté jusqu’à notre mort. Nous lui sommes profondément reconnaissants ».

Un serment qu’il réalise aujourd’hui en tant que garde du corps et complice de Mohammed VI, protagoniste de relations avec les frères Azaitar que le makhzen - le cercle dirigeant du roi - et sa famille biologique considèrent avec beaucoup de suspicion. « Toutes ces relations cachent quelque chose », affirme un membre de l’opposition marocaine, conscient du cercle alternatif d’amis et de fidèles que le roi s’est constitué, loin de tout protocole ou des cercles traditionnels de Rabat.

« À Melilla, nous l’avons perdu de vue. C’était une personne de prestige jusqu’au moment où cette relation avec le Maroc a circulé. Depuis, je n’ai plus de nouvelles de lui. Il continuera à être espagnol, bien que pour le Maroc, la double nationalité n’existe pas. Pour eux, c’est un Marocain qui a choisi de gagner sa vie avec Mohamed VI », conclut De Castro. Dans l’un de ses derniers messages sur Instagram, à l’occasion de l’anniversaire de la Marche verte d’occupation du Sahara alors espagnol, Kaddour résume l’idéal de sa nouvelle vie : « Dieu, la patrie et le roi ».


Le Kaddour new look

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