Hamid Mahdaoui, directeur de publication de Badil.info. / Ph. DR
Dès les premières heures ce mardi, le tribunal de première instance
d’Al Hoceima a rendu son verdict à l’encontre de Hamid Mahdaoui,
journaliste et directeur de publication du site d’information
Badil.info, arrêté jeudi 20 juillet à Al Hoceima. Il a été condamné
à trois mois de prison ferme assortis d’une amende de 20 000 dirhams.
Selon Badil.info, le juge chargé de cette affaire a disculpé le
journaliste de l’accusation d’«organisation d’une manifestation non
autorisée», mais a retenu contre lui d’autres chefs d’accusation à
l’instar de «l’incitation à commettre un délit à travers des discours et
des slogans dans un lieu public».
Des poursuites «adaptées en faisant appel au Code pénal»
Dès la médiatisation de ce jugement, la décision du tribunal d’Al
Hoceima a récolté condamnations et indignations émanant des juristes,
des journalistes et des militants des droits de l’homme au Maroc.
Contacté par Yabiladi, Ahmed El Hayej, président de l’Association
marocaine des droits de l’homme (AMDH), condamne le procès à l’encontre
du journaliste. «On est choqué même si on s’attendait à une telle
condamnation», nous dit-il. «Le fait que Hamid Mahdaoui soit condamné à
une peine de prison ferme de trois mois en plus d’une amende de 20 000
dirhams est inique.»
«De plus, les normes d’un jugement équitable n’ont pas été
respectées», enchaîne-t-il, soutenant que «les conditions de son
arrestation, selon les informations dont on dispose, sont douteuses, et
[que] les accusations portées à son encontre ne sont pas basées sur des
brèves concrètes ou légales».
«D’un autre côté, je pense que les opinions, quelles qu’elles soient,
ne doivent pas faire l’objet de poursuites et d’incrimination
entraînant des arrestations et des jugements. On peut aller plus loin et
dire que la liberté d’opinion et d’expression dans le cadre de la
liberté de la presse doit être préservée et bénéficier d’une protection
maximale. Malheureusement, il semble que les poursuites aient été
adaptées en faisant appel au Code pénal au lieu du Code de la presse et
de l’édition.»
Le président de l’AMDH affirme que l’ONG «considère qu’il (le
jugement, ndlr) porte préjudice à Hamid Mahdaoui, d’abord en tant que
journaliste puis en tant que citoyen marocain qui a le droit d’exprimer
son opinion sur l’ensemble des affaires qui touchent le pays». «Il a le
droit de manifester, quel que soit le dossier qu’il considère comme
juste», insiste-t-il. «Cela ne constitue qu’un fait marquant. On suit de
près la situation générale pour voir où ces arrestations et ces
condamnations nous mèneront. Un nombre non négligeable de journalistes
et de personnes actives sur les réseaux sociaux ont été arrêtées. Cela
démontre qu’on veut particulièrement punir certains Marocains»,
estime-t-il.
Ahmed El Hayej de conclure : «Cela nécessite des positions plus
fermes de notre part en tant qu’activistes des droits de l’homme, mais
il y a une mobilisation qui ne manquera pas de donner une impression
négative auprès de l’opinion publique nationale et internationale sur la
situation de la liberté de la presse au Maroc.»
«Un jugement sur fond de vengeance»
Pour sa part, le président du Forum de la dignité pour les droits de
l’homme (Mountada Al Karama), Abdelali Hamieddine estime que cette
condamnation est «injuste». «Nous dénonçons cette condamnation et ce
jugement. Nous considérons qu’il constitue une atteinte au droit de
manifester pacifiquement et à la liberté d’opinion et d’expression»,
juge-t-il.
«C’est un jugement sur fond de vengeance à cause de ses positions précédentes en soutien au Hirak du Rif.»
Abdelali Hamieddine promet que son ONG réagira dans la journée à cette condamnation.
Même son de cloche auprès de l’Organisation pour les libertés
d’information et d’expression (Hatem). Son président, Mohamed El Aouni
affirme qu’«il s’agit d’un jugement arbitraire et dur». Une condamnation
qui confirme, selon lui, les craintes du Hatem lors du débat sur le
Code de la presse et de l’édition.
«Nous avons insisté sur la protection juridique des journalistes et
dit qu’il ne suffit pas de présenter un texte sans peines privatives,
mais qu’il faut implicitement énoncer que les journalistes doivent être
jugés seulement par le Code de la presse et de l’édition. C’était un
amendement important pour nous et nous avons persisté pour qu’il soit
adopté. L’histoire est donc claire depuis le début pour nous en tant
qu’Organisation pour les libertés d’information et d’expression.
Maintenant, cela se concrétise.»
Il affirme ensuite que l’ONG condamne les arrestations, les
agressions et les restrictions à l’égard des journalistes, des
journalistes-citoyens et des personnes actives sur les réseaux sociaux.
«Nous avons aussi condamné l’agression des journalistes de la deuxième
chaîne 2M, victimes d’un groupe qui prétend être issu du Hirak et
faisant partie des manifestants, au moment où ces mêmes manifestants ont
protégé les journalistes», conclut-il.
Yabiladi a tenté ce mardi de joindre Abdellah Bekkali, président du Syndicat national de la presse marocaine, en vain.